Dimanche 28 novembre 2010 - 1er dimanche de l’Avent A

Mais je sais que tu m’attends et j’espère à chaque instant

Isaïe 2,1-5 - Psaume 121,1-9 - Romains 13,11-14 - Matthieu 24,37-44
dimanche 28 novembre 2010.
 

La poésie donne à imaginer ce qui n’est pas exprimé. Ainsi, les paroles de la chanson « Quatre vents » d’Hugues Aufray (voir ci-dessous) laissent deviner une histoire : “il” travaille dans le grand Nord canadien, “elle” se trouve quelque part au-delà des mers, tous deux s’aiment et aspirent aux retrouvailles après la séparation.

Deux hommes sont au chantier, l’un porte son amour au cœur à tout moment, l’autre non. Deux femmes vont au marché, l’une pense sans cesse à lui et l’autre pas. L’Avent ressemble à l’attente des fiancés promis à la joie des Noces. Hugues Aufray n’est pas un auteur sacré, mais il sembla assez catholique, et d’ailleurs, dans le troisième couplet, il parle de marquer chaque jour d’une croix, ce qui nous va assez bien.

Dans la chanson, “lui” projette de rentrer à Montréal (« Mont royal ») où il “la” fera venir, grâce à l’argent bien gagné, pour lui donner une vie qui sera plus douce à la ville. La « montagne royale » de l’Avent, c’est celle dont parle le prophète Isaïe, et la ville heureuse, la Jérusalem restaurée dans la justice et la paix.

L’évangile parle d’un voleur. Gare au fiancé qui laisse s’estomper le souvenir de son aimée : une autre viendra plus aisément dérober son affection. De même, l’Église doit garder ardent son désir de la venue du Seigneur. Mais, au-delà de ce sens négatif, il en est un autre, plus heureux : le vocabulaire de la passion parle volontiers de vol pour ce qui arrive à celui dont le cœur est pris.

Au fond, si Dieu est venu de nuit, c’était pour mieux surprendre le Mauvais qui nous gardait prisonnier et lui arracher notre âme. L’événement de Noël que nous nous préparons à fêter est cette irruption heureuse de Dieu dans notre obscurité dont nous avons maintenant à nous féliciter. Et si nous le rappelons, ce n’est pas seulement pour le souvenir, mais comme cette mémoire vive de celui qui nous attend plus sûrement que nous ne savons le désirer. L’anniversaire du jour où Dieu a ravi le cœur de l’homme doit rayonner sur toute l’année : ce ravissement donne sens à l’existence des fidèles comme il doit donner son but ultime à la vie du monde.

Nous aussi nous mangeons, nous buvons, nous nous marions - mais pas tous, toutefois, et ce n’est pas sans rapport avec cette attente sûre de la venue de l’Époux - et même nous festoyons. Mais il ne s’agit pas de ces beuveries et débauches par lesquelles les hommes cherchent à tromper l’ennui et le désarroi d’être sans Dieu en ce monde. C’est plutôt la juste façon de fêter celui qui n’attend pas de revenir en gloire pour s’occuper de nous et nous envoyer tout ce qu’il nous faut pour le voyage.

Cette espérance doit en effet donner sens à tous les instants de notre vie. Quoi que nous vivions, quoi que nous fassions, que ce soit dans la perspective de la venue de celui qui a pris chair de notre chair. Et non moins les heures où « il fait dur, il fait froid » que celles où nous goûtons comme est bon le Seigneur, lui qui veut le bonheur de tous ses enfants.

L’Église veille dans la confiance aux jours de joie ou de peine de tous les fils de la terre, car le mal n’est pas vaincu en ce monde mais, dit-elle en son anamnèse, « Je sais que tu m’attends et j’espère à chaque instant », Seigneur, que tu nous trouveras dans la joie au printemps éternel de ton ciel.


Quatre vents (Hugues Aufray) Quatre vents, quatre océans me séparent de toi Par ici, il fait dur, il fait froid Mais je sais que tu m’attends Et j’espère à chaque instant Qu’on pourra se retrouver au printemps Je pense aller à Montréal quand le chantier sera fini Je peux trouver un bon travail et des amis Pour toi qui es si fragile L’hiver serait plus facile Si tu venais me trouver à la ville J’essaierai de t’envoyer, comme je t’en avais parlé Tout l’argent qu’il te faudrait pour voyager Je m’ennuie beaucoup de toi Que l’hiver est long sans toi Et je marque chaque jour d’une croix (reprise du 1er couplet)