Dimanche 5 décembre 2010 - 2e dimanche de l’Avent A

Appel à tous les tordus !

Isaïe 11,1-10 - Psaume 71,1-2.7-8.12-13.17 - Romains 15,4-9 - Matthieu 3,1-12
dimanche 5 décembre 2010.
 

Qui, moi ? Moi ? Moi ? Oui, vous ! Qu’est-ce qui peut intéresser les tordus, sinon qu’on les détorde ? Mais ce n’est pas facile. Le détordu, même soigneusement travaillé, garde toujours trace de son état passé, ce que sait remarquer l’observateur averti. C’est pourquoi le Baptiste dit : « Engeance de vipères ! »

L’allusion au Tentateur de la Genèse, le “serpent des origines” est claire. Le péché originel est cette torsion initiale du cœur de l’homme qui, en succombant à la tentation, s’est détourné de Dieu. C’est pourquoi la conversion est nécessaire, ce retournement qui rétablit l’homme dans la droiture envers Dieu et son prochain, c’est-à-dire dans “la justice”.

Par ses efforts, l’homme peut lutter contre ses mauvais penchants et mener une vie relativement droite. Mais il ne peut purifier son cœur de toute inclination au mal. C’est pourquoi sa droiture reste celle d’un “détordu”, ce qui n’échappe pas au regard inspiré du prophète : pharisiens et sadducéens viennent au baptême avec leur prétention à être justes, mais leur cœur reste à guérir, ce dont les avertit solennellement Jean.

Le baptême de Jésus dans le feu et dans l’Esprit Saint peut seul opérer une transformation profonde. Nous reconnaître pécheurs est le fruit de la foi reçue au baptême chrétien. Cette démarche humble est la juste façon de rendre grâce et gloire à Dieu, elle signale la restauration miraculeuse de notre droiture profonde envers le créateur. À partir de cet acte recréateur, Dieu peut purifier et rectifier notre vie tout entière. Loin de disparaître à mesure que nous sommes justifiés, cette reconnaissance initiale s’affermit, c’est pourquoi les saints savent mieux que quiconque qu’ils sont pécheurs. Entre les justes parmi les païens et les saints, la différence évidente est que les saints se savent pécheurs, justifiés par la seule miséricorde de Dieu. Mais du coup, la droiture de leur vie se distingue aussi des vertus de l’homme seulement détordu comme la lame sortie toute neuve de la forge l’emporte en éclat sur les rapières réparées de l’atelier du ferblantier.

Celui qui seul était sans péché a été lui-même « fait péché en ce monde pour que nous soyons justifiés » : telle est la miséricorde de Dieu que saint Paul chante dans la deuxième lettre aux Corinthiens (5,21) et qu’il évoque dans la lecture d’aujourd’hui. Quant à sa très sainte Mère, elle n’a été préservée absolument du péché que pour mieux s’associer à l’œuvre de rédemption de son divin Fils en notre faveur.

Ainsi donc, ne craignons pas de reprendre, au début de chaque messe et souvent dans notre vie, la reconnaissance que nous sommes pécheurs : cet aveu est le ferment de vérité qui peut faire lever toute la pâte de notre vie dans la droiture qui vient de Dieu. À l’écoute du Baptiste, nous rappelons que le péché nous vouait à la colère quand Dieu, dans sa miséricorde, nous en a délivrés. Nous le faisons dans la joie et la reconnaissance du fruit de justice que constituent nos vies sanctifiées par la puissance du Dieu très saint, et à sa gloire

Préparer le chemin du Seigneur, c’est se disposer à recevoir le pardon par l’aveu de nos péchés. Ainsi sont aplanis les obstacles que l’orgueil et la suffisance mettent à son action en nous. Ainsi sont rendues droites les allées de notre cœur que tordait le mensonge de nos prétentions à nous justifier nous-mêmes. Ainsi le Messie révèle son pouvoir royal d’établir la justice et la paix, car en changeant nos cœurs et nos vies il crée et fait grandir l’Église qui change le monde, pour autant qu’elle reste l’humble servante du Seigneur sans céder aux tentations du siècle.

Appel à tous les tordus, dit le Seigneur : c’est de vous que je veux faire des saints, car je vous aime.