Dimanche 12 décembre 2010 - 3e dimanche de l’Avent A

Mieux vaut juger les gens à leur juste valeur

Isaïe 35,1-6a.10 - Psaume 145,7-10 - Jacques 5,7-10 - Matthieu 11,2-11
dimanche 12 décembre 2010.
 

Pour épater la galerie, les commentateurs amateurs ou professionnels savent qu’il faut trancher sans trop de nuances : l’essentiel est de trier vite et sans appel. Quelle ivresse dans ce geste qui scelle le sort d’un homme en un instant et passe au suivant : “bon” de tel genre ou “mauvais” de telle espèce, celui-ci à la poubelle, celui-là sur un piédestal !

Alors je pose la question : pour Jean-Baptiste, poubelle ou piédestal ? Dans l’église, normalement, ce serait plutôt le piédestal, n’est-ce pas ? N’est-il pas un des plus grands saints du calendrier ? Pourtant, quand on entend les commentaires, on a souvent l’impression qu’il est bon pour la poubelle, avec ou sans les honneurs dus à son rang : d’une façon ou d’une autre, on s’emploie à se débarrasser de ce personnage jugé dépassé. Et vous, qu’en pensez-vous ? Pour ou contre Jean-Baptiste ? Ou peut-être sans opinion ? Mais c’est un peu la honte, d’être sans opinion à notre époque, non ?

En tout cas, nous voyons bien dans l’évangile que la question s’est posée au temps du Seigneur. À la fin de sa trajectoire, Jean est prisonnier d’Hérode qui le protège, d’où l’allusion aux hommes en vêtements douillets qui vivent dans les palais des rois. Dans sa prison, Jean se met à douter de Jésus, d’où la comparaison avec un roseau agité par le vent, autrement dit une girouette.

Il faut dire que le Baptiste avait quelques raisons de se poser des questions : un des signes principaux du Messie devait être la libération des captifs, et Jésus ne faisait rien pour le délivrer des mains d’Hérode. Sans doute a-t-il manqué de patience. Après tout Simon-Pierre aussi a buté sur l’annonce de la croix de Jésus et même il a renié le Christ. Il est pourtant resté et devenu le prince des Apôtres. De même, Jésus ne condamne pas Jean Baptiste pour ses faiblesses. Au contraire, il nous indique de quelle manière exceptionnelle nous devons le considérer : il est le Précurseur, celui qui « court devant lui ». Or, cette fonction qu’il a remplie objectivement au temps historique de la venue du Seigneur n’est pas dépassée aujourd’hui : son appel radical à la conversion doit retentir pour nous maintenant pour mieux nous disposer à l’accueil de la venue du Seigneur, dans la crèche comme dans la gloire.

Cette évaluation doit être pour nous une leçon sur la manière dont nous jugeons les autres, en particulier « ceux qui ont la charge du peuple de Dieu », comme dit la Prière Eucharistique II, et aussi les responsables civils. Évitons de nous jeter sur leurs défauts, leurs hésitations ou leurs erreurs pour nous en repaître. Voyons plutôt comment ils tiennent la place qui leur est assignée dans la perspective de la venue du Seigneur. Et recevons d’eux ce qui nous est donné d’En Haut par eux.

Ne nous hâtons pas de les élever sur un piédestal ou de les jeter aux poubelles de l’histoire. Nous n’avons pas à les juger, un autre les jugera : « le Juge est à notre porte. » En revanche, nous devons évaluer avec droiture leur rôle pour nous. J’ai bien le droit d’avoir une opinion si je veux ? Non ! J’ai le devoir de m’en faire une autant que je peux. Mieux vaut être lucide sur les faiblesses des autres pour fermer les yeux quand c’est préférable : ne sommes-nous pas disciples de la miséricorde de Dieu ? Mieux vaut reconnaître les justes mérites des autres pour éviter de les idolâtrer : ce qu’ils font de vraiment grand ne vient-il pas de Dieu ?

N’est-ce pas là la conversion la plus urgente et la meilleure pour nous dans la perspective de Noël, frères ? Ne cherchons pas à nous glorifier nous-mêmes ni à flatter quiconque à l’excès, rendons plutôt grâce à Dieu de ce qu’il accomplit de beau et de grand en nos vies, à la louange de sa gloire en son Fils bien-aimé. Ne traitons pas durement les autres ni nous-mêmes à raison de nos fautes et de nos manques : implorons plutôt la pitié de celui qui vient sauver tous les hommes. Soyons solidaires de tous les affligés et de tous les éprouvés de la terre qui gémissent dans l’attente de la venue du Seigneur.

Car Dieu, dans sa Justice, a jugé que chacun de nous, pauvre pécheur, valait pour lui l’incarnation de son propre Fils !