Dimanche 19 décembre 2010 - 4e dimanche de l’Avent A

Mon Dieu, qu’ai-je fait ! Ou : Pourquoi laisser le temps de prendre une mauvaise décision, mais pas celui de la mettre à exécution ?

Isaïe 7,10-16 - Psaume 23,1-6 - Romains 1,1-7 - Matthieu 1,18-24
dimanche 19 décembre 2010.
 

Mon Dieu, qu’ai-je fait !

Quoi ? Cassé un beau verre ? Signé un mauvais contrat ? Trompé ton conjoint ? Tué un enfant ? Tout n’est pas également grave, mais parfois l’on est effrayé de ses actes et l’on cherche à comprendre. Pourquoi ? Pour s’excuser, peut-être. Ou, mieux, pour essayer de ne pas recommencer.

Mais c’est difficile ! Certains, semblent ne jamais pouvoir apprendre. Verlaine, par exemple, qui s’est marié dans cette église en 1871, passe pour le type de ces hommes qui se sont toujours trompés dans les choix décisifs de leur vie, prenant chaque fois le chemin opposé au bon. Tout le monde n’a pas la chance de saint Joseph à qui Dieu envoie un ange pour le faire changer d’avis au dernier moment ! Au fait, pourquoi au dernier moment ? Pourquoi lui laisser le temps de prendre une mauvaise décision, mais pas celui de la mettre à exécution ?

Essayons d’abord de comprendre la décision en question. La Loi interdisait de prendre chez soi une épouse qui, selon toute évidence, n’avait pas gardé sa virginité. Joseph, qui était juste, ne pouvait donc recevoir Marie, puisque, être juste, c’est d’abord observer la loi. Mais la justice biblique, celle qui est digne de Dieu, ne s’arrête pas là. Car, en allant au bout d’elle-même, elle découvre comment se dépasser dans l’amour. Et d’abord elle se fait miséricorde, cette justice excellente qui commande de ne pas croire volontiers au mal et d’espérer contre toute apparence. Ainsi, Joseph veut éviter à Marie autant que possible la honte et la rigueur du châtiment. On peut s’interroger sur la “faisabilité” de son plan qui consistait à la « répudier en secret » mais en tout cas ce n’était pas la bonne solution, eu égard à la réalité de la situation de son épouse ; situation qu’il ignorait à l’évidence, puisque l’ange la lui révèle.

Certains disent que Joseph avait deviné l’innocence de la Vierge et le caractère sacré de l’enfant qu’elle portait en elle. En conséquence, il se serait estimé indigne de les recevoir chez lui, d’où sa décision de s’abstenir. Mais, dans cette hypothèse d’intention très dévote, la résolution de Joseph n’en apparaît que plus déplorable. De plus, on se plaît à supposer ici, sans appui dans le texte, une connaissance intuitive, un phénomène subjectif mystérieux, alors que la notion de justice nous indique un enseignement objectif et concret, à la fois révélation et leçon de vie, bien dans la manière divine d’édifier son peuple.

Posons-nous la question à nouveau : pourquoi, Dieu intervient-il au dernier instant dans la réflexion de Joseph pour le faire changer d’avis ? Cette manière de faire ne vous rappelle-t-elle pas un précédent : Abraham dont il n’a arrêté le bras qu’au moment où il se levait déjà sur son fils Isaac ? Abraham ayant fait la preuve de son obéissance et de sa confiance en allant jusqu’à sacrifier son fils unique, Dieu fait de lui le père des croyants et des justes par la foi. C’est ce qu’on appelle une “épreuve qualifiante” : à celui qui la subit avec succès, Dieu estime qu’il peut confier une mission importante. De même, par sa décision Joseph manifeste sa justice qui va jusqu’à la miséricorde, c’est pourquoi Dieu en fait le père sur la terre de son propre Fils, celui qui fera son éducation.

Saurons-nous en tirer la leçon, nous qui voudrions une “direction spirituelle” qui nous permettrait de recevoir immédiatement d’En Haut, en toute sécurité, les choix importants qui nous incombent ? Dieu ne veut pas nous dispenser de la condition humaine mais nous rendre capables de la vivre dignement. Que l’exemple d’Abraham et de saint Joseph nous apprenne à ne pas tenter de deviner les intentions de Dieu mais à chercher plutôt humblement le juste chemin à la lumière de la loi d’amour et des enseignements de l’Église.

Le respect de la justice est l’école élémentaire du renoncement à soi-même sans lequel il n’est pas d’amour vrai. Là commence la décision d’entendre autre chose que ses propres clameurs ou murmures intérieurs. Là s’apprend l’art d’écouter ce que disent les autres même quand cela ne fait pas plaisir. Et parfois d’y être attentif justement parce que c’est déplaisant. Voilà ce que Joseph, « qui était un homme juste », faisait sûrement, c’est pourquoi il a su entendre et accueillir la parole de l’ange venu le visiter en songe.

Frère, si tu ne prends pas l’habitude d’écouter les autres et de t’efforcer de les comprendre, comment recevras-tu l’ange quand il viendra pour te tirer d’embarras ? Mais si tu le fais, quand tu diras : « Mon Dieu, que vais-je faire ? », il te répondra et tu entendras.