25 décembre 2010 - Nuit de Noël

Je ne sais plus où donner de la tête !

Isaïe 9,1-6 - Psaume 95,1-3.11-13 - Tite 2,11-14 - Luc 2,1-14
samedi 25 décembre 2010.
 

Je ne sais plus où donner de la tête, dit le petit prince en découvrant tous ses cadeaux, dit la petite princesse devant tous les gâteaux, dit le pape en voyant La Corée et la Côte d’Ivoire, l’Irak, l’Iran et l’Afghanistan, Haïti et la Biélorussie, le Proche et l’Extrême Orient, et mille autres lieux de guerre ou de misère, parfois tout près de nous et parfois loin de tout... et lui qui doit parler de paix et de solidarité entre les hommes de bonne volonté !

À Noël, tout le monde est plus ou moins débordé de diverses manières et chacun pourrait dire qu’il ne sait plus où donner de la tête. Mais tout n’a pas la même importance. Et le Bon Dieu, à votre avis ? Peut-il s’intéresser à tous et s’occuper de chacun, assumer les grands problèmes de l’heure et se pencher sur le cœur des plus petits ?

S’il avait choisi surtout de gâter les enfants, il se serait fait Père Noël. S’il avait voulu prendre en main les affaires du monde, il se serait fait super secrétaire général des Nations Unies. Mais il s’est fait petit Jésus. Nous, nous n’aurions pas eu l’idée, et pourtant je crois bien qu’il a eu raison. C’est comme ça qu’il est entré dans toutes les maisons et qu’il s’est fait connaître de toutes les nations qui sont sous le ciel.

Il ne s’est pas fait généralissime d’empire ni milliardaire philanthrope, il s’est fait signe. « Et voilà le signe qui vous est donné, vous trouverez un nouveau-né... » Le tout-petit est signe de l’avenir qui l’attend et du passé qui l’a porté. Avec la femme qui l’a enfanté, il représente toute l’humanité : il est de notre sang, de notre race, ce petit d’homme. Rien ne pourra désormais le séparer de tous ceux qui descendent d’Adam et de celle qu’il a appelée la mère de tous les vivants.

Venu dans l’humilité de la crèche, il s’est fait semblable au plus petit d’entre nous. Grandi dans l’accomplissement de ce que les Écritures avaient dit de lui, il a assumé jusqu’au bout son essence et sa mission de roi, de prophète et de prêtre par-dessus les plus grands de la terre. Cet homme est vraiment la gloire de notre race, mes amis, l’éloge suprême de la famille des hommes. En sa personne il confirme la dignité du pauvre comme du riche, du puissant aussi bien que du faible et du mourant, et même du pécheur malgré son péché, et du juste au-delà de sa justice.

Voilà le signe, frère, exposé à nos yeux aujourd’hui comme à ceux des bergers en cette nuit qui nous rassemble avec eux et toutes les générations pour entendre la parole immortelle : « Aujourd’hui vous est né un Sauveur ! » Vous voyez que Dieu a bien su où donner de la tête, malgré l’immensité du champ de sa bienveillance : il nous a rejoint ce soir, nous et des centaines de millions de nos semblables, pour nous lancer une double invitation maintenant.

D’abord, il nous dit : « Voulez-vous croire à ce signe ? Voulez-vous me faire la grâce d’y croire ? » Oui, frères, croyez-vous en le voyant que tout enfant des hommes est digne d’un infini respect, et que nos sociétés méritent tous les efforts de chacun pour qu’elle deviennent plus humaines ? Croyez-vous que Dieu nous donne un avenir malgré les désastres du passé, les crises du présent et les menaces du futur ?

Ensuite, à ceux qui n’ont pas dit non à la première question, à ceux qui veulent bien l’écouter encore malgré leurs chagrins, leurs déceptions et leurs larmes, il demande : « Voulez-vous bien devenir signe avec moi pour tous ceux qui en ont tant besoin ? » Oui, frères, il nous est vraiment proposé de devenir « Christ » pour le monde d’aujourd’hui. Que par nous celui qui est la Tête du corps, lui le premier-né de la Vierge Marie qui est aussi le premier-né avant toute créature et le premier-né d’entre les morts, rejoigne tout homme qui désire son Amour.

C’est ainsi que Dieu saura donner de la Tête en tout lieu, pour assumer les grands problèmes de notre monde comme pour rejoindre le cœur du plus petit, lui qui est notre joie et notre espérance à jamais.