Samedi 25 décembre 2010 - Jour de Noël

Voici la lumière laminée par la nuit

Isaïe 52,7-10 - Psaume 97,1-6 - Hébreux 1,1-6 - Jean 1,1-18
samedi 25 décembre 2010.
 

Un métal pur pressé et écrasé entre deux énormes rouleaux en sort plus mince, plus long et plus brillant. Ainsi la Lumière éternelle s’est-elle laissée enserrer par les ténèbres monstrueuses de la mort et du péché afin de se faire assez fine et pénétrante pour parvenir jusqu’au cœur de nos vies perdues.

« La lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée », avons-nous entendu dans l’évangile. En fait, le texte original est plus subtil que la traduction : il suggère qu’en voulant l’arrêter pour ne pas la recevoir, les ténèbres n’ont pourtant pas empêché la lumière de passer. Le Christ, en effet, a été arrêté par les hommes qui ont mis fin à sa vie. Et pourtant c’est ainsi qu’il a accompli librement sa « Pâque », son « passage » vers le Père par lequel il nous a ouvert la voie de la libération. L’incarnation est déjà promesse de Pâques dans la mesure où elle s’accomplit en notre humanité tombée au pouvoir du mal. Et déjà la Genèse l’annonçait. Au premier jour, à la parole de Dieu, la lumière est, et puis, les jours suivants, tout ce qui s’ensuit jusqu’au sixième. Mais au septième, Dieu s’arrête. Cette énigme d’un Dieu arrêté, lui que rien ni personne ne peut empêcher de passer, a trouvé sa clef aujourd’hui.

Jean Duns Scott dit que le Fils de Dieu, dans son amour infini pour l’homme, se serait incarné même s’il n’avait pas péché. Sans doute. Mais l’Incarnation dans les conditions de la nécessité de la Rédemption nous révèle l’incroyable humilité de Dieu dans sa grandeur intacte. L’époque du solstice d’hiver convient bien, sous nos latitudes, à ce que nous célébrons. Certes, le soleil s’est abaissé considérablement sur notre horizon. Mais, quand il daigne se montrer, sa lumière rasante n’en est que plus impressionnante et pénétrante au fond de nos églises et de nos maisons.

De même, l’humilité de Dieu fait homme en ce tout-petit né dans la nuit de tous les maux de notre humanité manifeste au mieux sa gloire à ceux dont le cœur est bien orienté vers ce qui est le plus beau et le plus aimable au monde.