Dimanche 26 décembre 2010 - La Sainte Famille - Année A

Êtes-vous pour les rapprochements libres ?

Siracide 3,2-6.12-14 - Psaume 127,1-5 - Colossiens 3,12-21 - Matthieu 2,13-15.19-23
dimanche 26 décembre 2010.
 

La liberté c’est bien, mais les rapprochements c’est dangereux. Il n’y a qu’à voir ce qui se passe dans les réunions de famille quand, comme en ce moment, on tient à rassembler des gens qui parfois n’ont pas envie de se voir. Temps de Noël, temps d’étincelles.

Pourtant, même ceux qui se disputent ont souvent grand désir de se retrouver : nous sommes tellement faits pour nous aimer. Or, l’amour ne se commande pas, c’est lui qui veut commander. Pourtant, nous savons qu’on peut conduire à l’amour, justement parce que nous sommes faits pour aimer ceux qui nous sont proches. Seulement, sans le consentement libre de ceux qui sont invités à s’aimer, ils ne peuvent y parvenir. C’est pourquoi parfois nous serions tentés d’éliminer cette terrible liberté en pensant : les rapprochements c’est bien, mais la liberté c’est dangereux.

Quand nous entendons l’évangile d’aujourd’hui, nous pouvons nous demander où est la liberté de Jésus et de Marie : Joseph les « prend » comme s’ils n’étaient pas des personnes à qui demander leur avis. C’est parce que nous ne saurions douter de leur liberté de consentement que le texte souligne ainsi comme à l’excès la promptitude de leur docilité. Les plus saints sont les plus dociles !

Quant à la liberté, voudriez-vous quand même en douter, par exemple au motif que tout cela « était écrit » ? Saint Matthieu, en effet, ne cesse de ponctuer son évangile de citations bibliques, affirmant que « les Écritures s’accomplissent » dans les événements qu’il rapporte. Notre passage comporte deux mentions de ce genre.

Or, première surprise, les citations en questions sont souvent assez librement adaptées pour mieux « coller » à l’événement visé, mais aussi parfois laissées telles quelles pour créer un effet de décalage. Ainsi pour « d’Égypte j’ai appelé mon fils » au moment où ils descendent. Plus évidente encore est l’impression de hiatus quand Matthieu affirme, au chapitre précédent, que la naissance de Jésus accomplit la parole selon laquelle « il sera appelé Emmanuel » !

Mais, plus grande surprise encore, « Il sera appelé Nazaréen » ne se trouve, ni exactement ni à peu près, dans aucun texte connu de l’ancien Testament. Pour interpréter cette citation, il ne nous reste qu’à y voir un rapprochement très libre entre le nom de la ville, Nazareth, et un vocable semblable de la tradition biblique. Deux bons candidats se présentent : « nazir », qui désigne un garçon consacré à Dieu dès sa naissance et « nétsèr » qui signifie “rejeton” et se trouve utilisé dans des textes prophétiques au sujet du Messie, fils de David, attendu pour l’avenir.

Telle est en effet, mes amis, la liberté de lecture que donne l’Esprit Saint à l’auteur inspiré, mais aussi à tous ceux qui « écoutent la parole de Dieu pour la garder et la mettre en pratique ». « Qui sont ma mère, mes frères et mes sœurs ? » dit le Seigneur, sinon ceux-là ? Voilà donc ce qui nous fait « famille de Dieu », frères, dans la liberté du consentement de l’amour à l’amour.

Que l’exemple de la Sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph, selon saint Matthieu, nous encourage à la liberté de rapprochement dans la docilité de l’amour et de la foi, pour la vie de famille comme pour l’écoute de la parole de Dieu.