Dimanche 9 janvier 2011 - Baptême du Seigneur Année A

Comment effacer la dette avec copie carbone ?

Isaïe 42,1-4.6-7 - Psaume 28,1-4. 9-10 - Actes 10,34-38 - Matthieu 3,13-17
dimanche 9 janvier 2011.
 

Copie carbone : l’expression reste en usage, en abrégé Cc, pour les mails. Mais les jeunes n’ont pas connu cette méthode : il fallait appuyer fort sur l’original pour que le noir de l’intercalaire se dépose sur le double.

Les petites dettes dont on s’acquitte régulièrement sont comme des billets écrits d’une main légère : elles ne laissent pas de traces. Mais d’autres, lourdes et écrasantes, sont comme lorsque l’on a appuyé jusqu’à creuser le papier. Elles impriment profondément leur double dans la personne. Passer l’éponge sur l’original ne suffit alors pas. Même acquitté gracieusement, le surendetté devenu dépensier impénitent continuera, et ce sera de pire en pire pour lui et pour les autres.

La dette est la métaphore du péché. Nous disons dans le Notre-Père : « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. » Mais ce n’est pas littéralement l’original évangélique. En Matthieu, Jésus dit : « Remets-nous nos dettes comme nous les avons remises à nos débiteurs. » Et en Luc : « Remets-nous nos péchés car nous aussi nous remettons à tous ceux qui nous doivent. »

Les péchés sont comme des débits : certains sont légers, d’autres se gravent en copie carbone sur notre cœur. Les tentations sont souvent charmantes et nous pouvons parfois commettre de gaîté de cœur les fautes les plus lourdes. Mais, même écrites à l’encre rose sur papier glacé, elles impriment leur double en poussière de charbon.

L’homme qui commet le mal s’endette envers le mal. Le mal n’a aucun droit sur lui, mais il lui en donne. Le cœur obscurci et alourdi par la masse des péchés ne peut être sauvé par personne au monde. Aucune eau lustrale ne peut l’enlever, cela se savait depuis longtemps en Israël quand Jean se mit à plonger le peuple dans le Jourdain. C’est pourquoi il prêchait seulement un baptême de conversion en vue du pardon que seul Dieu pouvait donner. L’eau n’avait jamais pu ôter le péché, ni même le sang des animaux sacrifiés, boucs ou béliers. Mais le sang de l’Agneau de Dieu aurait ce pouvoir. Quand Jésus se fait baptiser par Jean dans le Jourdain, il annonce son sacrifice sur la croix qui ôtera le péché du monde. Mais il en dit plus : il explique comment ce sacrifice opérera en nous.

Le baptême du Seigneur signifie qu’il vient s’unir à l’homme pécheur au plus intime de lui, en sorte que le mal perd ses droits sur lui. Il vient habiter le cœur du malfaiteur sans reculer devant sa noirceur qu’il prend toute sur lui, en sorte que le Mauvais, lorsqu’il veut réclamer ses droits à l’homme endetté dans le mal, se retrouve réduit à l’impuissance devant le Fils de Dieu : car sur lui il n’a eu ni n’aura jamais aucun droit ni pouvoir ! Ainsi le Christ annule la dette de chacun de nous, il la rend non valable.

Le baptême annonce l’effet de l’Incarnation et de la Passion du Fils de Dieu. Mais le sacrifice de la croix réalise ce qui était annoncé. Or, ce n’est pas sans de grandes souffrances que le Fils de l’homme a donné sa vie par amour pour les pécheurs. La souffrance et le malheur, en effet, sont comme les intérêts de la dette qu’est le péché. Et nous savons jusqu’où va l’injustice du monde, et combien souvent les innocents payent pour d’autres. Telle est aussi la terrible “solidarité dans le péché” de notre humanité.

Donc, frères, attention ! Ne creusez pas la dette de l’homme. Recourez au Christ qui seul l’efface, non sans produire un fruit de conversion. Jésus, en effet, ne nous sauve pas sans nous. Certes, il prend l’initiative : par son baptême, de son propre chef il vient s’unir à tout pécheur au monde. Or, le péché est opposition contre Dieu. Donc il vient en quelque sorte nous sauver malgré nous, comme il se fait baptiser par Jean malgré lui. Mais, en fait, il ne nous sauve pas contre nous, pas si nous n’y consentons pas ; pas si nous n’en venons pas, comme Jean, à « le laisser faire ».

Accueillons donc et annonçons, frères, le seul libérateur de toutes nos dettes : le seul saint, le Seigneur Jésus Christ, le Fils bien-aimé de Dieu qui nous donne part à sa mort et à ses souffrances pour que nous partagions sa vie éternelle et bienheureuse.