Dimanche 23 janvier 2011 - Troisième dimanche Année A

« On va quand même pas croire à leur religion qui est fausse alors qu’on croit déjà pas à la nôtre qui est vraie ! »

Isaïe 8,23b à 9,3 - Psaume 26,1.4.13-14 - 1 Corinthiens 1,10-13.17 - Matthieu 4,12-23
dimanche 23 janvier 2011.
 

De qui, cette plaisanterie ? De Coluche évidemment. Et comme toujours chez un bon humoriste, elle tire sa force de la part de sérieux qu’elle comporte. La montée de l’Islam dans notre pays de vieille tradition chrétienne agit comme un révélateur. Beaucoup commencent à penser que « notre religion » est quand même préférable, mais cela ne leur suffit pas pour revenir aussitôt du dédain plein de suffisance qu’ils ont pris l’habitude de lui opposer.

La foi chrétienne est en relation intrinsèque avec la vérité historique et scientifique. Depuis toujours, à l’intérieur même de la communauté croyante, les textes sont scrutés à l’épreuve des faits qu’on peut établir. L’archéologie et les fouilles sont une passion et une nécessité pour l’Église. Il y a quelque temps, un adolescent qui avait suivi le catéchisme à la paroisse et reçu le baptême restait pourtant distant. Un jour, la catéchiste le trouve planté devant la photo de Jérusalem dans la grande salle et lui demande pourquoi ; et lui de répondre : « Mais alors, c’est vrai ! » La foi chrétienne est indissolublement liée à la géographie et à l’histoire de cette Terre.

Voyez l’évangile faisant écho à la première lecture : Zabulon et Nephtali, c’est bien joli comme mots, mais de quoi s’agit-il et qu’est-ce que ça change ? Il s’agit de deux des douze fils de Jacob Israël qui reçurent La Terre en partage. Leurs lots étaient au Nord du pays. Or, non seulement ils ne réussirent pas à s’en assurer la possession, mais encore ils furent envahis par l’Assyrien en 734 avant Jésus Christ qui fit de leurs territoires trois provinces de l’empire en 732. Voilà pourquoi le prophète dit que le Seigneur les a couverts de honte. Mais ensuite, évoquant ces provinces sous les noms de Route de la mer, Transjordanie et Galilée, il annonce qu’elles sont couvertes de gloire. En fait il s’agit d’un oracle prophétique, appuyé sur le souvenir de la victoire de Gédéon sur les Madianites, prononcé probablement vers 726 en lien avec l’avènement d’Ézéchias. Or, non seulement le roi de Juda ne libérera pas les terres de Zabulon et Nephtali, mais encore l’Assyrie fera tomber tout l’Israël du nord en 721. Autrement dit, Israël a gardé fidèlement cet oracle pendant 750 ans avant que l’évangéliste Matthieu puisse annoncer qu’il est accompli en la personne de Jésus, par la grâce de sa prédication et de ses actes de salut pour le peuple.

À l’époque moderne, théologiens et exégètes ont cherché à dégager un noyau sûr de vérité historique dans le foisonnement des récits bibliques ; ils ont voulu « démythologiser » les Écritures. Certains en sont arrivés à ne garder que deux affirmations : Jésus a bien existé et il a bien été crucifié. Ça n’a l’air de rien, mais c’est déjà quelque chose. En réalité, la crucifixion de Jésus est un fait historique aussi sûr et avéré que la mort de Socrate. Mais certains voudraient même se passer de ce fait : le christianisme pourrait s’entendre comme un discours sur la vie simplement illustré par la littérature biblique. Ceux-là tombent dans ce que saint Paul appelle une sagesse humaine qui vide de son sens la croix du Christ.

Non, mes frères, nous ne sommes pas les disciples d’un discours à la manière des hommes, mais bien d’un homme qui est mort et ressuscité, le Fils éternel de Dieu présent parmi nous dans l’Esprit Saint et qui viendra dans la gloire. C’est lui le Messie que Dieu a envoyé à son peuple Israël, non seulement pour qu’il rassemble ses enfants, mais pour qu’il soit la lumière de toutes les nations. Ces affirmations ne cessent d’être mises à l’épreuve de toutes les critiques, et elles ne cessent de résister. Aucune théorie physique, morale ou spirituelle ne pourra jamais prouver l’Évangile de Jésus Christ au point de le remplacer, mais aucune spéculation des hommes n’a jamais pu non plus l’ébranler.

Alors je pose la question : pourquoi ne pas croire à notre religion, qui est vraie ?