Dimanche 30 janvier 2011 - Quatrième dimanche Année A

« Être minoritaires nous donne énormément de force et d’audace »

Sophonie 2,3 et 3,12-13 - Psaume 145,7-10 - 1 Corinthiens 1,26-31 - Matthieu 5,1-12a
dimanche 30 janvier 2011.
 

« Être minoritaires nous donne énormément de force et d’audace » déclarait Jacques Delors lundi dernier à une assemblée de prêtres venus d’un peu partout en France.

Nous étions un peu déconcertés. D’abord, l’affirmation est évidemment paradoxale : c’est plutôt le nombre, et même la supériorité numérique qui donne de l’assurance. Voyez comment la réussite des mouvements qui agitent certains pays arabes aujourd’hui dépend de leur succès populaire et, à l’inverse, que l’amoindrissement des communautés chrétiennes les expose de plus en plus à la violence et aux vexations qui veulent provoquer leur disparition. Ensuite, avons-nous vraiment besoin de force et d’audace ? L’esprit chrétien n’est-il pas plutôt de non-violence et de discrétion ?

En fait, oui, nous avons besoin de force et d’audace, mais tout dépend de leur qualité. En somme, il faut qu’elles viennent bien de Dieu qui les donne à ses serviteurs pauvres et fragiles et non qu’elles relèvent de leur présomption et de leur confiance en eux-mêmes. Il ne s’agit pas pour nous d’agir comme les groupes de pression tirant de leur petit nombre la mobilité et la réactivité qui leur permettent de mener les opérations les plus audacieuses pour servir leurs desseins. Nous n’avons pas à prendre le pouvoir ou à fomenter des troubles selon nos calculs.

Voyons plutôt le Christ Jésus lui-même. Il a manifesté des pouvoirs extraordinaires de guérison et d’exorcisme, et fait montre d’une audace inouïe pour le pardon des péchés et l’annonce de la miséricorde de Dieu, au point de plonger ses contemporains dans la stupéfaction ou la fureur. Mais tout cela, il ne l’a accompli que par obéissance à son Père et sans cesser d’être « doux et humble de cœur ». Aucun personnage de l’histoire universelle ne lui est comparable en cela, et surtout pas les conquérants guerriers, fussent-ils de soi-disant prophètes.

Les Béatitudes ne nous appellent pas à nous complaire dans la faiblesse et l’enfouissement, mais à ressembler à notre maître dans l’accueil des dons formidables que Dieu fait à ceux qui, reconnaissant leur pauvreté, demandent instamment dans la prière l’Esprit Saint pour accomplir la mission qui leur est confiée.

Pourquoi sommes-nous réduits à un petit nombre, pourquoi notre Église a-t-elle à ce point perdu de son influence dans notre pays comme en bien d’autres, sinon parce que nous avons voulu nous emparer de notre pouvoir sur les hommes ? Attention à ne pas prendre notre faiblesse nouvelle pour une garantie automatique de « remontée », comme s’il s’agissait d’un retour de balancier attendu. On peut être devenu faible sans cesser d’être orgueilleux, et alors ce qui nous attend est la disparition plutôt que le rebond.

En revanche, le peuple de Dieu peut redevenir nombreux et ardent, et son rayonnement retrouver une admirable influence sur les nations, sans que le cœur des fidèles retombe dans l’orgueil et la satisfaction de soi. Cela dépend de notre conversion et de la foi que nous manifesterons dans le Seigneur qui peut tout en faveur de ses fidèles.

Reconnaissons donc humblement notre misère et demandons avec confiance l’Esprit Saint : quels que soient nos effectifs et nos qualités personnelles, il nous donnera force et audace pour l’annonce de l’Évangile, et il fera grandir l’Église en nombre et en sainteté.