Dimanche 13 février 2011 - Sixième dimanche Année A - Baptême de deux petits enfants : Thibaud et Mathilde

« Maman, arrête de chanter ! » ou "Connaissez le Droit !"

Siracide 15,15-20 - Psaume 118,1-2.4-5.17-.33-34 - 1 Corinthiens 2,6-10 - Matthieu 5,17-37
dimanche 13 février 2011.
 

« Maman, arrête de chanter ! » La fillette de quatre ans répète son injonction à sa mère qui n’en tient pas compte et continue à s’affairer en fredonnant. Au bout d’un moment, elle tend l’oreille : la petite est au téléphone... avec « L’enfance maltraitée » ! L’histoire est vraie. Les maîtresses de maternelle serinent en effet à leurs élèves le numéro d’urgence à appeler sans hésiter à la moindre alerte.

« Connaissez vos droits » est un conseil à l’ordre du jour, des commerciaux s’en servent à l’envi. Certes, la loi est faite pour protéger les faibles et il faut bien qu’ils sachent, par eux-mêmes ou par d’autres, comment y avoir recours. Mais l’esprit du temps veut que la formule soit en réalité : « Connais tes droits » et s’adresse à chaque individu en tant que victime potentielle d’abus divers. Cette mise en garde systématique de chacun contre les autres en général façonne une société de plaignants où les juges eux-mêmes ne sont plus qu’une amère requête. L’intolérance à la frustration croît plus vite que les protections sociales qui se multiplient pourtant, tout le monde est déçu et indigné, les records de morosité sont battus, et du coup maman non plus n’a guère envie de continuer à chanter.

L’Évangile nous indique une autre voie, non moins inspirée par l’amour du pauvre et la défense du faible, mais plus efficace : « Connaissez le Droit ! » Le Droit, c’est la loi et l’esprit de la loi qui va bien au-delà du judiciaire et du pénal. « Connaissez » n’est pas ici un pluriel de pure forme car l’appel ne s’adresse pas limitativement à chaque individu, mais fondamentalement à une communauté. En outre, il ne s’agit pas seulement d’une maîtrise théorique de textes réglementaires mais de savoir ce qui est juste et de s’appliquer à le pratiquer de tout son cœur. En effet, « Connaître », bibliquement, signifie faire une expérience relationnelle. C’est pourquoi il est écrit : « L’homme connut sa femme et elle conçut. »

C’est une communauté humaine qui doit recevoir solidairement l’appel à faire le bien et à fuir le mal. Le Christ, en effet, s’adresse à ses disciples rassemblés dans l’unité. Le malfaiteur doit savoir qu’il subira doublement les conséquences de ses actes : parce que celui qui fait le mal détruit son âme et parce que le tort causé à la victime lèse le corps tout entier dont il fait partie. Du coup deviennent évidents à la fois l’extrême rigueur de la dénonciation du mal par la loi, comme nous venons de l’entendre dans le « sermon sur la montagne », et le nécessaire dépassement du registre de la loi dans celui de la miséricorde, comme nous savons bien que le Christ nous y appelle constamment.

Ainsi, par exemple, pour la colère. La loi interdit le meurtre et commande sa punition. L’esprit de la loi nous indique que tout mouvement de colère, comme pulsion de violence destructrice contre le prochain, relève déjà virtuellement du meurtre. Mais nous sommes des êtres réels de chair et de sang dans un monde de turbulences et d’injustices, et nous ne cessons pas de nous incommoder ou de nous provoquer les uns les autres. Il ne faut pas rêver d’éteindre en soi toute pulsion violente, laissons cette prétention à quelques soi-disant athlètes de la zénitude. En revanche, l’Apôtre nous dit : « Supportez-vous les uns les autres ». Si celui qui se met en colère le regrette et en demande pardon, pas forcément de façon explicite, et que ceux qui l’ont mis en colère le regrettent et en demandent pardon pareillement, les uns et les autres y trouveront plus grande paix dans l’amour que jamais observance de la meilleure loi ne procurera.

Recevoir le baptême, ce n’est pas obtenir un permis à points pour le ciel à gérer avec précaution pour ne pas le perdre tout à fait par ses infractions répétées et la négligence à le restaurer. C’est être incorporé à une communauté de salut dans la foi, l’amour et l’espérance. La foi, car il faut y croire ! Si vous ne mettez pas votre confiance dans le Christ mort et ressuscité pour vous, même la vertu la plus rigoureuse ne vous servira de rien. L’amour, puisque « la miséricorde vaut mieux que les sacrifices » et qu’il est infiniment plus heureux et digne de Dieu de vivre en frères dans l’unité de l’Esprit Saint malgré toutes nos imperfections que de prétendre s’élever au-dessus des autres par une perfection de son cru. L’espérance, car en vivant ensemble tant bien que mal la loi parfaite de l’Évangile nous connaissons déjà le Royaume qui se manifestera en plénitude lors de la venue dans la gloire de notre Seigneur Jésus Christ.

Alors la sainte mère Église resplendira pour toujours de la sainteté de la Vierge Marie et de la joie de son Magnificat, alors maman ne cessera de chanter pour l’éternité.