Dimanche 20 février 2011 - Septième dimanche Année A

Le bel exemple

Lévitique 19,1-2.17-18 - Psaume 102,1-4.8.10.12-13 - 1 Corinthiens 3,16-23 - Matthieu 5,38-48
dimanche 20 février 2011.
 

Selon le Coran, Dieu a donné aux musulmans « le bel exemple » en la personne de son prophète Muhammad. Cette disposition n’est pas sans inquiéter s’il est vrai qu’on doit retenir de ce modèle aussi les violences contre des étrangers à sa communauté. Pour les chrétiens, il n’est d’autre Modèle que le Christ qui leur a dit : « Aimez vos ennemis » et qui l’a fait. En manière d’exemple suprême, il a lavé les pieds de ses disciples avant de s’offrir au supplice pour le salut de ceux qui l’ont crucifié.

Ceux qui portent son nom se pensent parfois bien fidèles à leur maître en déclarant qu’ils ne sont pas meilleurs que les autres. Certes, c’est plus facile que d’essayer de l’imiter, mais c’est rester sourd à sa parole qui exige d’eux une justice supérieure à celle des pharisiens et des païens. D’autres, au contraire, se font gloire d’y croire dur comme fer, à la lettre, par exemple à l’injonction de présenter l’autre joue à qui les frappe sur la droite. En général ils ajoutent que cette loi est une sorte d’idéal vers lequel il s’agit seulement de tendre, ce qui ne les engage pas à grand-chose de plus que les premiers. D’une manière ou d’une autre, il en résulte qu’on est assez content de soi pour pas très cher.

À ceux qui veulent sérieusement mettre en pratique la parole de Dieu, s’impose d’abord de consentir les efforts nécessaires pour bien l’écouter et la comprendre. À cette fin, il faut toujours considérer ce que Jésus a dit et aussi ce qu’il a fait, car il est le Docteur et le Saint. Ainsi, le seul moment de l’évangile où il reçoit une gifle nous le montre, non pas tendant l’autre joue au garde qui l’a frappé, mais lui posant cette question : « Si j’ai mal parlé, montre où. Mais sinon, pourquoi me frappes-tu ? » De cette façon, il prenait certes le risque d’un nouveau mauvais coup, mais c’était pour ouvrir une chance d’humanité à son interlocuteur. Ainsi il nous apprend à comprendre sa parole et à la pratiquer.

Mon ennemi est celui qui me veut du mal. Comme tout homme, je suis porté à répondre au mal par le mal et à détester celui qui me hait. Le Christ n’a voulu de mal à personne et n’a cessé de faire du bien à tous ceux qu’il a trouvés sur sa route, même à ses pires adversaires. Apprenons de lui qu’aimer son ennemi peut à l’occasion consister à lui dire son fait ou à l’empêcher de commettre son méfait. Arrêter l’agresseur injuste dans son geste, c’est non seulement protéger sa victime potentielle, mais aussi éviter au méchant de se nuire doublement à lui-même : parce que le mal détruit celui qui le commet, et parce que la blessure d’un membre porte tort au corps entier.

La sagesse de Dieu, pour folie qu’elle puisse parfois paraître au regard du monde, n’en est pas moins une intelligence suprême et ne saurait manquer d’éclater comme telle aux yeux de qui consent à s’ouvrir à la vérité. S’il n’est jamais recommandé d’être bête, c’est même interdit à qui veut glorifier Dieu selon sa volonté. Que personne ne se confie donc à sa seule propre réflexion, mais que tous s’efforcent dans la concorde de scruter l’immense trésor des Écritures et de la Tradition pour mieux répondre aux questions de ce temps, afin d’éclairer la route des disciples et celle de tous les hommes.

Si les chrétiens ne vivent pas l’Évangile, ils ont beau en chanter la beauté, ils bâtissent un tombeau au Christ pour mieux enterrer sa parole. Des saints en multitude ont fait rayonner sa lumière sous tous les cieux en tous les temps de l’Église. Qu’ils ne soient pas pour nous aujourd’hui seulement des statues de pierre dans nos temples d’ici-bas, mais plutôt des frères vivants sur notre chemin pour nous rappeler sans cesse au devoir de faire éclater dans nos vies la sagesse de Dieu et son amour qui est en Jésus Christ notre Seigneur, pour l’éternité, et notre bel exemple jusqu’au jour de sa venue dans la gloire.