Mercredi des Cendres, 9 mars 2011 - Entrée en Carême

« C’est moins cher que gratuit ! »

Joël 2,12-18 - Psaume 50,3-6.12-14.17 - 2 Corinthiens 5,20 - 6,2 - Matthieu 6,1-6.16-18
mercredi 9 mars 2011.
 

Cette formule plaisante, les commerçants tunisiens en usent avec le naturel souriant de leur peuple. En fait, rien n’est vraiment gratuit dans le commerce, tout s’y paye ! Quant à « l’acte gratuit », dépourvu de toute motivation, sa possibilité a fasciné bien des esprits. Gide imagine, dans « Les caves du Vatican », un personnage qui dans le train pousse le premier venu par la portière. Sans surprise, la prétendue liberté absolue se réalise en meurtre.

Qu’ils y réfléchissent, ceux qui se targuent de faire le bien mieux que les chrétiens, puisqu’ils le font à cause de Dieu, alors que les athées le font pour rien. Quelle illusion ! En réalité, ils agissent en vue d’une récompense : le brevet de bonté qu’ils se décernent généreusement à eux-mêmes. D’ailleurs, il n’arrivent pas vraiment à y croire tant qu’ils n’ont pas confirmation par le regard des autres. C’est pourquoi il se donnent en spectacle avec avidité. Attendre sa récompense de Dieu et de lui seul est la seule façon pour l’homme d’atteindre une vraie gratuité.

La récompense de Dieu, c’est l’amour, évidemment : l’amour qui nous unit à lui et entre nous. Or, rien n’est plaisant comme l’amour, n’est-ce pas. Au fond, nous qui avons pratiqué l’ascèse aujourd’hui, jeûne et abstinence, et qui sommes réunis dans l’Eucharistie de Jésus Christ, nous pouvons connaître le plaisir à l’état pur : celui de faire un seul cœur, ensemble, dans le cœur de Dieu.

La communion de l’amour, voilà la récompense que dispense le Père avec prodigalité comme une grâce. Et il n’y a pas moins cher, car rien n’est si gratuit que la grâce de Dieu.