Dimanche 20 mars 2011 - Deuxième dimanche de Carême Année A

Mais qu’est-ce que je suis venu chercher ?

Genèse 12,1-4a - Psaume 32,4-5.18-20.22 - 2 Timothée 1,8b-10 - Matthieu 17,1-9
dimanche 20 mars 2011.
 

Le geste est suspendu, la main tendue, mais vers on ne sait plus quoi. En pilotage automatique, on a oublié la raison d’être de l’action. Pourquoi cette distraction ? Souvent par simple négligence, mais parfois en vertu d’une préoccupation sérieuse : ce qui trouble ma routine est peut-être quelque chose qui veut se faire entendre non sans raison.

Dans notre évangile, quelqu’un veut se faire entendre, c’est la clef de l’épisode. Nous pouvons être distraits par la scène lumineuse, les assistants stupéfiants, l’intervention de Pierre et sa proposition des tentes, mais la phrase décisive est bien : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le ! » D’ailleurs la version de saint Matthieu concentre le récit sur cette pointe : pas de commentaire sur la blancheur surnaturelle, pas de remarque sur le fait que Pierre ne savait pas ce qu’il disait, et surtout la frayeur des disciples qui n’apparaît qu’à l’audition de la parole divine.

En effet, ici les apôtres ne semblent troublés ni pas la vision extraordinaire, ni par la survenue de la nuée. À l’évidence, ces privilégiés ne sont pas impressionnables comme des mortels du commun. C’est seulement en entendant ce que dit la voix venue de la nuée qu’ils tombent face contre terre. Et nous pouvons comprendre pourquoi : ce qu’annonce Jésus depuis un moment dans notre évangile, c’est sa passion, ses souffrances et sa mort, qui doivent précéder sa résurrection. Voilà le vrai motif de leur peur.

Au moment d’entrer dans la dernière étape de son parcours, le Seigneur rappelle à ses disciples les plus proches ce qui en sera la conclusion et l’accomplissement : son sacrifice rédempteur et son passage de ce monde à son Père pour y entraîner tous les siens. Tel est en effet le projet de Dieu depuis le commencement, et donc notre vocation sainte, comme l’exprime nettement saint Paul dans la deuxième lecture.

C’est déjà ce que dessine obscurément la vocation d’Abraham dans le récit de la Genèse que nous avons entendu. Ici, c’est la première fois que le patriarche se lève à la voix du Seigneur. Mais d’emblée lui est indiqué le projet, la finalité de tout le parcours qu’il suivra, lui et sa descendance après lui : il sera une bénédiction pour toutes les nations de la terre. Dieu aura bien soin de le lui rappeler d’étape en étape, de peur qu’il ne se laisse distraire. Même au jour où son fils unique, son bien-aimé, lui sera demandé, il ne doutera pas de la promesse divine de lui assurer une descendance innombrable et bénie. Et c’était prophétique.

Quant à nous, nous sortons à peine de la première étape de notre carême : c’est le moment de s’assurer que nous ne nous sommes pas laissés distraire. Par exemple, nous pouvons nous être fait un programme « d’enfer » d’efforts et de privations, et y trouver notre compte sans plus penser au pourquoi de toute l’opération. Ce serait grand dommage ! Les routines sont bonnes et nécessaires, mais il ne faudrait pas qu’elles noient « le poisson », le Seigneur en personne : « Jésus Christ Fils de Dieu Sauveur » (expression dont l’acronyme grec est IXTHUS, mot qui signifie « poisson » en cette langue). Laissons-nous donc rappeler sans cesse au but du chemin quadragésimal : la célébration de Pâques, la passion et la résurrection du Seigneur, afin d’être renouvelés dans l’alliance de vie et d’amour avec lui.

Au-delà du carême, ce temps « distrait » du temps ordinaire pour servir d’entraînement particulier à la vie de disciple, c’est notre existence tout entière qui doit s’inscrire en permanence dans la perspective de la venue du Seigneur dans sa gloire, quand il détruira pour toujours le péché et la mort. Alors la Lumière aura raison définitivement des ténèbres, et toute obscurité sera dissipée à jamais en nos cœurs et dans le monde. Voilà ce qui veut se faire entendre des disciples du Christ, en ce temps de pénitence particulièrement, mais en tout temps également, afin que nous ne soyons plus distraits de la grâce du salut.

Ne l’oubliez jamais, frères, nous cherchons le bonheur que Dieu veut nous donner, dès aujourd’hui en espérance, et dans la plénitude de son amour au jour de la Pâque éternelle.