Dimanche 27 mars 2011 - Troisième dimanche de Carême Année A - Premier scrutin pour Anne, catéchumène adulte

Un champion dans l’art de la discussion

Exode17,3-7 - Psaume 94,1-2.6-9 - Romains 5,1-2.5-8 - Jean 4,5-42
dimanche 27 mars 2011.
 

Un champion dans l’art de la discussion :

Incisif mais pas agressif

jamais passif, toujours attentif

il écoute, il répond, il interroge, il comprend.

Ni complaisant ni méprisant

il accueille les arguments avec générosité

mais les évalue avec objectivité.

Il y a du plaisir à parler avec lui,

même quand on n’est pas d’accord.

On se sent plus intelligent,

et l’on se demande à la fin

si, au fond, il n’aurait pas raison.

Qui ? Jésus, bien sûr.

Dans notre évangile d’aujourd’hui il n’y a que de la discussion. Pas de geste de guérison ou d’exorcisme, pas de mouvement ni d’action de la part de Jésus, sinon ses répliques à la Samaritaine ou aux disciples. Que de la discussion, donc, mais elle n’est pas vaine : il s’agit d’un dialogue engagé, d’une parole gagée sur l’existence et qui peut changer l’existence.

Il s’agit vraiment d’une discussion et pas d’une simple conversation : non seulement, l’enjeu est réel, mais le ton est vif. Le contexte polémique est évident : le conflit entre Juifs et Samaritains était ancien et violent. Ici, il se double de l’opposition de l’homme et de la femme, qui aspire à se faire débat d’amour, mais peut tourner rapidement à la guerre des sexes, comme nous le voyons dans le livre de la Genèse. D’ailleurs, la parole de Dieu nous y dévoile comment l’affrontement de l’homme et de la femme est l’archétype de la question du bonheur ou du malheur pour l’humanité : l’écoute de la parole de Dieu, la confiance et la bénédiction, ou l’indifférence, la révolte et la malédiction.

Ces conflits radicaux entre Dieu et l’homme et entre l’homme et son prochain, le Seigneur les a assumés dans son histoire d’amour avec le peuple de l’Alliance, comme en témoigne l’épisode de Massa et Mériba que nous avons entendu en première lecture : Défi et Accusation d’Israël contre son Dieu ! Avez-vous remarqué que le Seigneur dit à Moïse : « Moi je serai là, devant toi, sur le rocher du mont Horeb. Tu frapperas le rocher, il en sortira de l’eau et le peuple boira ! » En fait, en faisant frapper le rocher, Dieu se fait frapper lui-même, ce que la tradition a bien compris, puisque saint Paul l’atteste, dans la première lettre aux Corinthiens au chapitre 10 : « Ils buvaient à un rocher qui les accompagnait, et ce rocher, c’était le Christ. »

En effet, Jésus a assumé jusqu’au bout tous les conflits, et il s’est laissé frapper jusqu’à la croix. Or, c’est la croix qu’évoque discrètement la phrase initiale de notre évangile : « fatigué par la route, Jésus s’était assis sur le puits ». Autrement dit, il est allé jusqu’à l’épuisement de lui-même dans la mort, accomplissant ainsi les Écritures, c’est pourquoi Dieu l’a ressuscité et il s’est assis à sa droite dans les cieux.

Notre affaire est donc sérieuse, grave, dramatique. Il s’agit de savoir comment le conflit se terminera : par la paix des cimetières, c’est-à-dire de la mort, ou par celle de la justice et de l’abondance, c’est-à-dire de la vie. En prenant notre problème sur lui, Jésus répond : par la vie traversant la mort. Mais peut-on y croire ? Peut-on y croire d’abord pour lui et ensuite pour nous ? Tout dépend de la réponse que nous donnons à l’interrogation sur son identité : qui est cet homme ? Un Juif ? Un prophète ? Le Messie, ou Christ ? Notre évangile répond : oui, oui, oui ; et même plus : le Sauveur du monde. Il est même le Fils éternel de Dieu, telle est notre foi « qui nous donne l’accès au monde de la grâce », comme nous l’avons entendu de la bouche de saint Paul, dans la première lecture.

En somme, la vie de toute l’humanité et de chacun de nous dépend de la Vie de Jésus, c’est le sens du baptême. Il faut nous laisser déposséder de nos problèmes pour qu’ils deviennent le problème de Jésus, Anne ! C’est un travail de vérité. Il nous faut reconnaître ce qui se discute en nous et laisser les vrais adversaires s’y dévoiler : le diable, qui nous tente, et le Christ qui est venu pour le vaincre et nous libérer. Confiance, donc, pour l’issue du combat : le Christ est le plus fort.

Oui, Jésus est ce champion de vérité et d’amour qui a vaincu le mensonge et la haine, et qui l’emportera en nos vies consacrées par le baptême dans sa mort et sa résurrection.