Dimanche 17 avril 2011 - Dimanche des Rameaux et de la Passion Année A

Dieu s’est-il bien reposé le 7ème jour ?

Évangile des Rameaux : Matthieu 21,1-11 - Lectures de la messe : Isaïe 50,4-7 - Psaume 21,8-9.17-20.22-24 - Philippiens 2,6-11 - Matthieu 26,14 à 27,66
dimanche 17 avril 2011.
 

Après l’évangile des Rameaux

Risquons-nous d’être arrêtés ?

Pourquoi ? Mais parce que nous manifestons religieusement dans l’espace public ! Toutefois nous ne voulons causer aucun trouble, au contraire. Nous sommes même convaincus de contribuer au bien de tous, n’est-ce pas ? Espérons donc que nous pourrons toujours tenir des rassemblements de ce genre, en toute légalité et avec l’approbation de la majorité de nos concitoyens, comme ce matin.

Pour Jésus, ce n’était pas si simple, il y a près de 2000 ans. Vous venez de l’entendre : « Comme Jésus entrait à Jérusalem, l’agitation gagna toute la ville ». Il y avait de quoi inquiéter les autorités, aussi bien juives que romaines. Les foules qui l’acclamaient comme roi fils de David le rendaient suspect de conspiration contre le pouvoir de l’occupant. Quant à celles qui l’appelaient “le prophète Jésus de Nazareth en Galilée”, elles évoquaient un autre soupçon : celui d’une imposture de la part de Jésus, puisque « de Galilée il ne pouvait rien sortir de bon ». À la vérité, Jésus allait bientôt se voir condamné comme imposteur par les chefs des prêtres, puis crucifié comme roi des juifs par les Romains.

Lui qui le savait s’est pourtant laissé acclamer à son entrée dans la ville. Ne craignons donc pas de chanter ensemble le fils de David en joyeuse procession : que rien ne nous arrête dans notre marche à la suite du Seigneur qui s’avance vers sa passion et vers sa gloire.

Après la lecture de la Passion

Pourquoi Jésus est-il mort ?

Était-il donc coupable ? L’évangile de saint Matthieu, que nous venons d’entendre, répond résolument non : il affirme que les chefs des prêtres cherchaient un faux témoignage et que des faux témoins se présentaient. Quant aux deux qui sont finalement retenus, ils posent la question de l’identité de Jésus : prophète ? messie ? imposteur ? Mais leurs témoignages ne constituent pas une accusation en eux-mêmes.

Pourtant, n’y avait-il pas un motif évident : la transgression du sabbat ? Au long des évangiles nous avons vu si souvent Jésus en bute aux murmures des pharisiens à ce sujet que nous pouvions nous attendre à le voir finalement accusé de ce forfait. Or, il n’en est rien. Force est d’en conclure que, bien qu’il y ait certainement eu un problème à ce sujet, ses ennemis étaient dans l’incapacité d’en faire un motif de condamnation, car sinon ils ne s’en seraient pas privés.

Pourtant, il y a un rapport direct entre le sabbat d’Israël et la Passion de Jésus. D’abord, Jésus est mort à la veille du sabbat, vers la fin du jour, et il a demeuré dans le tombeau toute la journée du sabbat, le septième jour. Puis il est ressuscité le jour suivant. Ainsi, si la tradition chante que le Seigneur « a reposé dans le tombeau », c’est sous l’influence du thème du « repos du sabbat », prescrit en mémoire du « repos de Dieu » lorsqu’il eut achevé de créer ciel et terre. Or, les évangiles portent la trace d’une polémique précisément sur ce point : Dieu s’est-il vraiment reposé le septième jour de la création ? Selon saint Jean, il semble bien que Jésus ait pris résolument le parti de répondre non en disant : « Jusqu’à présent mon Père travaille, et moi aussi je travaille. » (Jn 5,17)

En réalité, le texte hébreu de la Genèse ne dit pas que Dieu se soit reposé, mais qu’il « s’est arrêté ». Bien sûr, cet arrêt fut interprété comme un chômage volontaire, un repos, un loisir. Mais, à la lumière de l’arrestation de Jésus à Gethsémani, suivie de sa passion, de sa mort et de sa mise au tombeau où il demeure tout le jour du sabbat, nous pouvons comprendre que cette interprétation est un malentendu. En fait, « l’arrêt » de Dieu au septième jour de la création en Genèse 2,1-3 est la première prophétie de la Passion de notre Seigneur Jésus Christ.

En somme, on a compris comme une fête ce qui était un drame. Et, au fond, ce n’était pas un si grand malentendu que cela puisque, de ce mal suprême que fut la mort du Juste livré aux mains des pécheurs, Dieu a tiré le souverain bien de notre Rédemption. Il a ressuscité son Fils d’entre les morts et nous a donné de pouvoir devenir ses enfants par la foi en lui. Ainsi, pour chaque Eucharistie comme aujourd’hui, Dieu a créé le dimanche, le jour où nous célébrons la mort du Seigneur en confessant dans la joie sa résurrection, faisant du mémorial de la Passion du Sauveur la fête de notre communion avec lui.

Donc, ce dimanche des Rameaux et de la Passion, dans sa construction en forme de malentendu qui se révèle finalement pas si mal vu, a quelque chose d’exemplaire. Cela sera clairement manifesté par les célébrations du Triduum pascal. Mais, déjà, vous qui portez ces rameaux, sachez ce que signifie la tradition que vous reprenez de la sorte. Comme la tradition du sabbat a gardé mémoire de la prophétie de la passion du Seigneur, alors même que les générations de fils d’Israël ne la comprenaient qu’à moitié, de même ceux qui s’intéressent au buis béni perpétuent, souvent à leur insu, la mémoire du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne. Pour nous, nous proclamons qu’ainsi nous rendons grâce à Dieu parce que son Fils est mort pour que nous ayons la Vie.