Nuit de Pâques du 23 au 24 avril 2011 - La Résurrection du Seigneur - Baptême, confirmation et première communion d’une adulte

La fin du suspense

Genèse 1,1-2,2 - Psaume 103,1-2.5-6.10.12-14.24.35 - Genèse 22,1-18 - Psaume 15,5.8-10.1b.11 - Exode 14,15-15,1 - Cantique Exode 15,2-6.10.11.17 - Isaïe 54,5-14 - Psaume 29,3-6.12-13 - Isaïe 55,1-11 - Cantique Isaïe 12,2-6 - Baruch 3,9-15.32-4,4 - Psaume 50,12-15.18-19 - Ézéchiel 36,16-28 - Psaume 18,8-11 - Romains 6,3b-11 - Psaume 117,1-4.16-17.22-23 - Matthieu 28,1-10
dimanche 24 avril 2011.
 

Présentation avant chacune des sept premières lectures de la veillée

1. Le premier récit de la création comprend le premier chapitre de la Genèse et les versets 1 et 2 du deuxième. En fait, la logique voudrait que cette lecture se termine sur le verset 3 que nous n’entendrons pas. Mais si vous écoutez bien tout le texte, vous devriez pouvoir deviner la suite, ou vous la rappeler.

2. Le verset manquant est le suivant : « Dieu bénit le septième jour et le consacra, car il avait arrêté en lui toute l’œuvre que Dieu avait créée pour faire. » En écoutant le récit terrible du sacrifice d’Isaac, consacré à Dieu par son père Abraham, demandez-vous s’il n’annonce pas justement un arrêt de l’œuvre de Dieu par Dieu pour faire du nouveau.

3. À peine Dieu a-t-il créé son peuple Israël, voici que la mer l’arrête et la mort veut l’engloutir. Pourra-t-il traverser ?

4. Jérusalem est l’épouse que Dieu s’est acquise. Mais l’alliance est arrêtée par l’infidélité comme par une mort : Dieu pourra-t-il la traverser par le pardon ?

5. La Parole est inlassable, mais la surdité du peuple ne va-t-elle pas la réduire à du bruit pour rien ? Faudra-t-il qu’elle s’ouvre sur un inconnu, un inouï, pour qu’il apparaisse que la parole créatrice n’a pas dit son dernier mot ?

6. Certes, la parole a pris racine et chair en la terre d’Israël, mais l’usure du temps, des déceptions et des indifférences ne finira-t-elle pas par faire des institutions de l’Alliance des choses mortes ? Faudra-t-il que Dieu donne vie à ce qui était mort ?

7. Et voilà que se dessine une fin qui serait le vrai commencement, un renouveau où la création deviendrait enfin elle-même selon le projet du premier jour !

Homélie

La fin du suspense !

Selon la recette classique, la tension doit monter progressivement jusqu’à l’angoisse insoutenable et l’impatience quasi plaintive du dénouement. Et là, en général, tout finit bien, à la grande satisfaction du public, même lorsque le happy end apparaît un peu artificiellement plaqué sur l’action qui l’a précédé. Ce qui est le cas pour notre évangile, il faut bien le reconnaître.

Après le très long récit de la passion, voilà qu’en quelques versets, pimentés d’un tremblement de terre et d’un ange éclair évoqués comme à la sauvette, la messe est dite. En plus, après l’annonce de l’ange, les femmes tombent en chemin sur Jésus qui leur dit exactement la même chose. La résurrection semble un tour de passe-passe rajouté à la fin tragique du récit.

Mais il en va tout autrement si l’on se replace dans le grand contexte de la Bible depuis le commencement, ce que nous invitent à faire les sept textes de l’Ancien Testament que nous avons écoutés d’abord. Par mes petites introductions, j’ai essayé d’attirer votre attention sur le grand suspense que ce livre magistral établit au tout début, dès le septième jour. En effet, visiblement, l’action est ici suspendue. Le rythme des 6 premiers jours est cassé : il nous est dit deux fois que les œuvres sont achevées, et deux fois que Dieu s’arrête ; et surtout, il manque le refrain « il y eut un soir, il y eut un matin »...

Eh bien, mes amis, c’est ce soir qu’arrive enfin la fin de l’histoire ! Car la résurrection, en saint Matthieu, arrive le soir, comme l’indique la première phrase de notre évangile qui s’énonce littéralement : « Le soir du sabbat, quand elle commençait à luire vers le premier des sabbats... »

Expliquons. D’abord, le « premier des sabbats » se traduit très normalement par « premier jour de la semaine » parce que c’est comme cela qu’on nommait les jours en Israël en comptant jusqu’à 6, le 7e étant le sabbat tout court. De plus, les jours allaient du soir au soir : le passage d’un jour au suivant était marqué par l’instant où s’allumait la première étoile dans le ciel. Cet usage explique le refrain : « Il y eut un soir, il y eut un matin ». Il prend une importance particulière pour le sabbat : à la première étoile du vendredi, on entre dans le jour sanctifié, à la première étoile du samedi, on en sort et l’on est donc libre des obligations qui lui sont attachées. Voilà pourquoi, dans leur impatience, les femmes vont au tombeau dès que “commence à luire l’étoile qui indique la venue du premier jour de la semaine”. Vous pensez bien qu’elles n’auraient pas attendu une minute de plus que nécessaire, d’autant que cette nuit-là était encore tout éclairée de lune, puisque la Pâque, qui venait d’avoir lieu, était une fête de pleine lune.

En résumé, dès la fin du septième jour, de ce sabbat très spécial et unique où la vie de Dieu a été arrêtée puisque le Christ était au tombeau, il est ressuscité, inaugurant un jour nouveau et éternel, le huitième jour. Dans l’histoire des hommes, c’était un nouveau « premier jour de la semaine », selon un cycle indéfiniment recommencé. Mais par rapport à la création de Dieu, ce premier jour renouait avec le premier des premiers, lorsque Dieu dit « Que la lumière soit, et la lumière fut ». En ce temps-là, Dieu sépara la lumière et les ténèbres. Mais, ce soir, la lumière a définitivement vaincu les ténèbres. Voilà la fin du plus long suspense de l’histoire, puisque c’est celui de l’Histoire elle-même, en sa totalité.

Oui, mes amis, nous pourrions nous émerveiller devant le formidable talent de l’auteur de ce livre que traverse de part en part une si prodigieuse énigme. Mais la Bible n’est pas un roman. Plus qu’un livre d’histoire, c’est le livre de l’Histoire, nous l’avons dit, mais aussi celui de l’histoire de chacun d’entre nous, en particulier la vôtre, cette nuit, Anne.

Trois sont les moments de l’histoire, nous l’avons vu : le commencement, qui pose le suspense du 7e jour, le combat qui porte et tend à l’extrême l’énigme de l’amour sauveur au long des générations du peuple élu, et enfin la victoire acquise dans la résurrection du Seigneur. Trois sont aussi les sacrements que vous allez recevoir : le baptême, commencement des sacrements, la confirmation, onction de l’Esprit pour être rendu fort et fidèle dans le combat, et l’eucharistie, sacrement des sacrements, prémices et annonce de la pleine réalisation de la victoire du Christ sur le mal par le rassemblement des hommes dans la communion de l’amour de Dieu.

Chers amis, nous sommes encore dans le temps où la victoire est acquise, mais où la bonne nouvelle doit s’en répandre et faire son effet de salut jusqu’aux extrémités du monde. La petite flamme de Pâques, cueillie de la bouche de l’ange par les femmes au tombeau vide, n’a pas encore embrasé toute la terre. En attendant, les trois moments de l’histoire se prolongent ensemble : la création continue dans le suspense du 7e jour où Dieu s’est arrêté et comme absenté dans la mort du Fils déposé au tombeau ; le combat continue de la passion du Seigneur dans le corps souffrant de ses fidèles témoins et de tout innocent persécuté au monde ; et la victoire grandit, celle du Christ sorti vivant du tombeau pour entraîner à sa suite toute chair mortelle.

Ainsi, nous le savons, le mal qui continue à déchirer notre humanité et son berceau, l’univers, est déjà vaincu. Pour ceux qui croient au Ressuscité, il n’est plus d’incertitude sur la fin qui les attend. Dans cette foi de l’Église, Anne, préparez-vous à être baptisée pour votre joie, la joie de tous ceux qui vous entourent, et celle des anges qui voient Dieu.