Dimanche 1er mai 2011 - Deuxième dimanche de Pâques, fête de la Miséricorde divine - À Rome, béatification de Jean Paul II

Vous avez pensé à votre deuxième carrière ?

Actes 2,42-47 - Psaume 117,1.4.13-14.19.21-25 - 1 Pierre 1,3-9 - Jean 20,19-31
Sonntag 1. Mai 2011.
 

Je ne parle pas de retraite, non, d’ailleurs tout le monde n’en a pas. Par exemple Jean Paul II : c’est bien connu, il n’a pas pris sa retraite. En revanche, il est déjà bien avancé dans sa deuxième carrière, puisqu’on le béatifie à Rome aujourd’hui.

Vous savez quel miracle a été retenu pour permettre cet acte : la guérison de Sœur Marie Simon Pierre, atteinte de la maladie de Parkinson, celle dont le pape a tant souffert jusqu’à sa fin. Bien sûr, ce n’est pas par hasard, ni seulement par une sorte de motif sentimental. C’est parce que, du Christ, nous avons prié, au temps de la Passion : « Par ses blessures nous sommes guéris ». N’en doutons pas, le pape a offert ses souffrances avec le Christ pour notre guérison, c’est ce que signifie ce miracle. Nous pouvons aussi comprendre que la « béatitude » de Jean Paul II n’est pas le fait de la décision du pape Benoît XVI, mais la réalisation de la parole de Jésus : « Heureux vous qui souffrez pour moi ». Autrement dit, elle était déjà présente dans sa « première carrière ».

Le monde ne comprend pas l’Église quand elle affirme que Jean-Paul II n’est pas béatifié pour son œuvre - immense au demeurant - de successeur de saint Pierre, mais pour l’œuvre en lui de l’Esprit Saint qui l’a sanctifié et configuré au Christ. Bien sûr, ces deux aspects, l’extérieur et l’intérieur, celui qui se manifeste visiblement aux yeux de tous et l’autre qui reste mystérieux et secret, révélé seulement au regard de la foi, sont liés et compénétrés. Mais le monde reste aveugle à l’essentiel, il n’est que de le constater dans les médias ordinaires.

En fait, il n’y a pas seulement deux moments mais trois, comme nous l’avons vu ensemble dans la nuit de Pâques en écoutant longuement la parole de Dieu. D’abord, « le premier jour », celui du commencement et de toute espérance, le moment baptismal où nous sommes configurés au Christ dans sa mort et sa résurrection. Ensuite, le long temps du combat entre les ténèbres et la Lumière, la patience de Dieu qui se laisse « arrêter » le septième jour, mais ne cesse de travailler au salut de sa création tombée au pouvoir du Mauvais, le moment de la Confirmation, c’est-à-dire du don de l’Esprit Saint qui « confirme, qui affermit, pour nous donner part au combat. Ensuite, le « huitième jour », la victoire du ressuscité qui fait traverser la mort au premier jour resté en suspens, le moment de l’Eucharistie, sacrement des sacrements et anticipation du jour de toute justice où Dieu sera tout en tous, et où il n’y aura plus de mort ni de mal. Aujourd’hui, vous l’avez entendu, mes amis, est le huitième jour (après Pâques) qui n’est autre que le premier (Pâques) passé en l’état où il n’aura plus de fin !

Ainsi, la « première carrière » de Jean-Paul II est sa vie sous le régime de la création naturelle, sa « deuxième » y est déjà commencée, dans la mesure de sa configuration personnelle au Christ, sous le régime de la création nouvelle, et la victoire finale y est déjà présente, c’est la « béatitude » des disciples. En tout cela, bien sûr, le Christ est premier, lui qui se manifeste ressuscité à ses disciples en montrant ses plaies, en partageant le repas avec eux, en accomplissant les mêmes signes qu’il avait réalisés quand il était avec eux, montrant ainsi d’abord que le Ressuscité n’est autre que l’homme de Galilée mort en croix, et ensuite que la vie éternelle n’est autre que la vie terrestre entrée dans l’éternité.

C’est pourquoi je vous demandais en commençant : « Avez-vous pensé à votre seconde carrière ? » Car la configuration au Christ et la participation à son œuvre, dans notre vie terrestre et dans notre condition d’éternité, n’est pas réservée aux saints et aux bienheureux du calendrier. Elle est la vocation de tout baptisé, donc de chacun de nous, mes frères ! que cela nous fasse réfléchir. Nous sommes encore de pauvres pécheurs ? N’en prenons pas notre parti, demandons la sainteté de l’Esprit ! Nous restons tièdes et médiocres ? Levons-nous, allons, prenons notre part de la charge commune avec courage et générosité ! Allons-nous attendre sans nous presser que vienne le temps de la retraite ? Ce serait dommage, d’autant plus que la retraite de chrétien, il n’y en a pas !

Je ne vous dis pas cela pour vous accabler. C’est le dimanche de la Miséricorde : laissons-nous prendre en pitié ! Et puis devenons vraiment croyants, à la suite de Thomas et des autres Apôtres : ainsi dans notre première vie se réalisera déjà la seconde, celle qui doit demeurer pour la gloire de Dieu qui offre le salut au monde.