Dimanche 8 mai 2011 - Troisième dimanche de Pâques

Vous connaîtrez les douleurs de l’enfantement

Actes 2,14.22b-23 - Psaume 15,1-2a.5.7-10.2b.11 - 1 Pierre 1,17-21 - Luc 24,13-35
dimanche 8 mai 2011.
 

Prophétie de malheur ou promesse de bonheur ? Malédiction liée au premier péché et punition ou annonce de la joie de donner vie et chair de sa chair à un être nouveau ?

Ou les deux ?

Comme lorsque Jésus répond à ses Apôtres Jacques et Jean qui lui demandent de siéger à ses côtés dans sa gloire : « La coupe que je vais boire, vous y boirez ; et le baptême dans lequel je vais être plongé, vous le recevrez » (Marc 10,39). En effet, la gloire du Christ n’est pas à chercher ailleurs que dans sa croix, qui s’apparente à un nouvel enfantement.

C’est pourquoi lui-même dit en Saint-Jean : « La femme qui enfante est dans la peine parce que son heure est arrivée. Mais quand l’enfant est né, elle ne se souvient plus de son angoisse, dans la joie qu’elle éprouve du fait qu’un être humain est né dans le monde » (Jean 16,21). Ainsi les souffrances de la croix et le jaillissement de la résurrection sont les deux aspects d’un même événement : la naissance de Jésus à sa vie nouvelle, à laquelle il veut donner part à tous les hommes.

Aux disciples d’Emmaüs, Jésus explique aujourd’hui que toute l’Écriture annonçait les souffrances du Messie pour entrer dans sa gloire. Les exégètes remarquent que nulle part dans l’Ancien Testament on ne trouve d’annonce explicite ni de la croix ni de la résurrection du Christ. Et pourtant, dans son ensemble et dans tous ses détails, il n’annonce que cela !

Nous le comprenons maintenant pour la prophétie de Genèse 3,16, où le Seigneur Dieu dit à la femme : « J’aggraverai tes souffrances et tes grossesses ; c’est dans la souffrance que tu enfanteras des fils. » Cette parole s’accomplit dans la Vierge Marie qui devient la mère du Fils de Dieu non sans qu’un glaive lui transperce le cœur. Elle s’accomplit pour l’Église qui, par le baptême, enfante à la vie nouvelle une multitude de frères au Premier d’entre les morts. Elle s’accomplit en toute âme croyante qui, coopérant par la foi à son salut avec la puissance de l’Esprit Saint, s’enfante en quelque sorte elle-même à la vie de Dieu. C’est pourquoi je vous dis comme une promesse de Dieu que vous connaîtrez les douleurs de l’enfantement ; et dès maintenant vous les connaissez, si vraiment vous vivez de la grâce de votre baptême.

Toute la leçon des Écritures est là et nous avons sans cesse à la recevoir de nouveau. Plus nous comprenons, à l’écoute du Seigneur Jésus lui-même, comment l’Ancien Testament s’accomplit dans le Nouveau, plus le Nouveau devient clair et l’Ancien nouveau. Mais ce n’est pas tout. Il nous apparaît aussi que l’humanité elle-même est une lettre de chair écrite de la main de Dieu où s’annoncent les souffrances du Messie pour entrer dans sa gloire, en particulier dans l’expérience universelle de la maternité. Et la création tout entière n’est pas en reste, elle qui « gémit dans les douleurs de l’enfantement » (Romains 8,22).

L’Eucharistie annonce et réalise cette espérance : elle est le sacrifice du Christ et le banquet nuptial où il rassemble les élus, l’événement en ce monde de l’avènement du monde nouveau, jusqu’au jour où, dans la joie d’une vie nouvelle et éternelle, toute angoisse et toute peine seront oubliées pour toujours. Nous connaîtrons ce jour, frères bien-aimés, si seulement nous partageons aujourd’hui les douleurs de l’enfantement de l’Homme nouveau.