Dimanche 15 mai 2011 - Quatrième dimanche de Pâques - Entrée en catéchuménat d’un adulte

Si je vous dis « Le pire des régimes à l’exception de tous les autres » ?

Actes 2,14a.36-41 - Psaume 22,1-6 - 1 Pierre 2,20b-25 - Jean 10,1-10
dimanche 15 mai 2011.
 

Bien sûr, vous avez reconnu la définition de la démocratie par Winston Churchill qui, d’ailleurs, s’inspire ici du Platon de « La République ». Sa formulation spirituelle suggère les enthousiasmes et les désillusions qu’entraîne cette grande idée, et aussi la résignation à s’y tenir finalement, fût-ce sous un mode désabusé.

Pour le dire autrement, toutes les soi-disant démocraties sont pleines de défauts, soit par leurs grands écarts avec l’idéal qu’elles prétendent incarner, soit par tous les inconvénients qui résultent de leurs efforts à y parvenir. Et pourtant, l’immense majorité des hommes estime qu’il vaut nettement mieux essayer toujours et encore plutôt que d’y renoncer tout à fait.

À propos, n’est-ce pas un peu pareil pour l’Église ? Vous me direz : l’Église n’est pas une démocratie. Sans doute. Mais, de toute façon, il n’y a pas de démocratie digne de ce nom en réalité. Si bien qu’en fait, m’est avis qu’il n’est rien de plus démocratique que l’Église. Prenez les principes essentiels : l’égalité fondamentale, l’éducation pour tous, la relativisation des chefs et l’aspiration à la liberté. Tout cela est une invention de Dieu pour son peuple Israël, accomplie au bénéfice de toutes les nations en la personne du Christ mort et ressuscité.

Fort bien, direz-vous alors, mais à supposer même que cela soit vrai, ce ne serait pas une raison pour entrer dans l’Église. Pour la société civile, il faut bien un régime, on ne peut vivre sans, c’est donc un mal nécessaire. Mais, même si l’Église est moins mauvaise, elle ne peut remplacer un régime politique : c’est donc un mal de plus dont il vaut mieux se passer.

À cela il faut répondre d’abord que notre époque a une vision trop négative de l’organisation sociale. Nous souffrons d’une valorisation excessive de l’individualisme : de l’autonomie (je fais moi-même mes lois), de l’indépendance (je n’ai de comptes à rendre à personne) de la dissidence (je ne suis pas un bête mouton du troupeau) qui favorise la multiplication des profiteurs sans scrupule et des marginaux sans remède. Nous oublions que l’interdépendance des êtres humains est non seulement une nécessité, mais un bien essentiel. Que les associations les plus diverses, à commencer par le mariage et la famille, sont réellement la voie du bonheur.

Or, l’Église est le lieu où ce chemin est sûr et fécond parce que nous y sommes accompagnés par le Christ Jésus en personne. Il est celui qui nous conduit, et il est lui-même le chemin. « Faire partie du troupeau », aujourd’hui, nous l’avons dit, « c’est la honte ». Quelle erreur, surtout s’il s’agit du troupeau du Seigneur ! L’amour fraternel y est une puissante ressource de guérison, de pardon, de pacification et de création. Car l’amour du Christ répandu dans nos cœurs par l’action de l’Esprit Saint nous rend heureux de partager et d’aider bien plus que de dépasser ou de dominer.

C’est cela, l’Église, si seulement elle ne cesse d’entrer par la porte qui est le Christ mort et ressuscité pour elle. Cette porte est le pardon des péchés qui nous ouvre à la communion dans la foi et l’amour. Cette porte, c’est le baptême qui nous incorpore à la communauté des sauvés en espérance. Voilà la vocation sainte et bienheureuse de tout homme, la vôtre aujourd’hui, Pierre-Yves. Jésus est lui-même la porte de toutes les vocations, c’est pourquoi, mariage, vie religieuse, diaconat, prêtrise ou autre, celle que vous acceptez est la meilleure pour vous.

Donc, je m’adresse particulièrement aux jeunes et aux enfants parmi nous, et aussi à ceux qui ne sont pas là et à qui vous voudrez bien le dire de ma part : mes amis, n’allez pas entrer à reculons dans la vie d’adulte et vous résigner à des choix qui seraient les pires à l’exception de tous les autres ! C’est le meilleur que Dieu veut pour vous et qu’il peut vous donner. N’ayez pas peur d’écouter la voix du Christ qui vous appelle à passer par sa croix et sa Pâque bienheureuse pour entrer dans l’amour de la vie.

En effet, les souffrances de l’amour divin en Jésus Christ semblent parfois la pire des portes, mais elles sont la seule qui ouvre sur la Vie.