Dimanche 29 mai 2011 - Sixième dimanche de Pâques - Première communion

Âme damnée - Cœur à prendre ou "Faut-il défendre l’accusé, la victime ou la morale ?"

Actes 8,5-8.14-17 - Psaume 65,1-7.16.20 - 1 Pierre 3,15-18 - Jean 14,15-21
dimanche 29 mai 2011.
 

Âme damnée - Cœur à prendre (homélie)

La deuxième expression se comprend mieux que la première. « Âme damnée » se disait d’une personne entièrement dévouée à une autre. Le contexte d’une certaine fascination pour la possibilité de vendre son âme au diable, illustrée par le personnage de Faust, n’est plus le nôtre. Lorsqu’un adolescent se liait de vive amitié avec un autre, si ses parents n’appréciaient guère l’influence exercée sur leur rejeton, ils lui reprochaient facilement d’être l’âme damnée de son ami.

Quant à « cœur à prendre », c’était une façon souriante de qualifier une demoiselle aspirant visiblement à l’amour et à la rencontre d’un jeune homme disposé à la courtiser pour la bonne cause. Avec l’évolution libertaire des mœurs, le sourire s’est lesté de sous-entendus moins honnêtes. Mais, de toute façon, il n’est pas très prudent de se montrer disponible à toutes sortes de propositions. Les parents responsables savent bien que les dangers sont nombreux pour leurs enfants à notre époque. C’est pourquoi ils les mettent au catéchisme pour leur donner de la morale. Et même lorsque c’est là leur seule motivation, ils tiennent beaucoup à la communion. Eh bien, ils ont raison !

Car la communion, voyez-vous, s’est bien plus efficace que la meilleure morale du monde. À condition qu’elle soit vraie, bien entendu ! Parce que, communier en vérité, c’est redire à Jésus : « Je ferai tout ce que tu me diras. Tu as pris mon cœur et je te le redonne maintenant : prends-le encore. Et quoi que tu me commandes, je le ferai pour toi. » C’est ce que vous avez entendu dans l’évangile : « Si vous m’aimez, vous resterez fidèles à mes commandements. »

Mais comment aimer Jésus si on ne le connaît pas ? Pour le connaître, il faut écouter sa parole. Le contempler dans toute sa vie, depuis le berceau : une mangeoire dans la nuit de Judée, jusqu’à la fin : la croix où il meurt par amour, fidèle au commandement du Père de donner sa vie pour nous. En passant par tous les chemins qu’il parcourt, guérissant les malades, nourrissant les foules et annonçant la bonne nouvelle aux pauvres. Et en allant jusqu’à la résurrection, grâce à laquelle il peut se donner lui-même à nous à cet autel en nourriture de vie éternelle !

J’ai bien parlé de « redire » à Jésus : « Tu as pris mon cœur, je ferai tout ce que tu dis. » Parce que, la première fois que cette parole est mise en nos cœurs en réponse à la parole d’amour de Dieu, c’est au jour de notre baptême, ce don du salut qui comprend en lui-même la promesse de l’Esprit Saint, l’Esprit de vérité donné à ceux qui croient en Jésus Christ. Oui, chaque communion nous renouvelle dans la foi et les promesses de notre baptême, et Dieu nous dit à nouveau : « Parce que je t’ai aimé jusqu’à donner mon Fils, tu es maintenant une âme sauvée : il t’a libéré du Mauvais, il t’a arraché à la damnation. Désormais, tu n’es plus sans amour : ton cœur m’appartient comme mon cœur est à toi, tu es mon enfant bien-aimé pour la vie éternelle. »

FAUT-IL DÉFENDRE L’ACCUSÉ, LA VICTIME OU LA MORALE ? (Éditorial)

Dans l’affaire qui agite le monde depuis deux semaines, les réactions les plus remarquées ont d’abord été les tentatives de disculper l’accusé, puis les protestations en forme de soutien à la victime. Enfin les indignations, d’ailleurs toujours politiquement intéressées dans un sens ou dans un autre, et de ce fait souvent peu claires. Mais a-t-on entendu défendre la morale, tout simplement ? Et qu’ont pu dire les parents à leurs enfants qui les interrogeaient sur tout ce bruit ?

Ne faudrait-il pas rappeler, calmement mais fermement, que, non seulement la violence criminelle, mais déjà l’infidélité conjugale et même le harcèlement séducteur sont à réprouver chez tous, et en premier lieu chez les grands dont la responsabilité est aggravée par leur position forcément exemplaire ? Mais qui pourra tenir cette position de donneur de leçons dans une société où toute autorité morale est disqualifiée, bien plus, où toute autorité est moralement disqualifiée ?

En outre, la question se pose pour nous du rapport entre la foi et la morale, avec une sorte de querelle des anciens et des modernes, ces derniers tenant pour la liberté des enfants de Dieu contre le moralisme clérical. « La dévotion du 19e siècle a tronqué le concept de pureté, la réduisant toujours plus à l’ordre dans le domaine de la sexualité, la contaminant ainsi de nouveau par le soupçon à l’égard du corps. » C’est Benoît XVI qui l’écrit dans son dernier livre (page 80).

Le pape n’est pas moderniste, mais il est croyant et il a lu l’évangile de saint Jean. « Si vous m’aimez, vous resterez fidèles à mes commandements » nous dit Jésus au début de l’évangile d’aujourd’hui : cette phrase initiale est la clef de la question qui nous occupe. Tous les hommes connaissent, au fond, les commandements : la « loi naturelle », explicitée et rappelée par le Décalogue, est inscrite en leur cœur. Mais, sous l’influence du Mauvais, ils n’aiment pas Dieu et donc ils font le mal.

Jésus nous en libère, nous donnant ainsi d’aimer Dieu et donc de faire le bien, c’est-à-dire d’aimer le prochain. Nous ne sommes pas des champions de morale, mais les pécheurs pardonnés que Dieu sanctifie dans la communion avec son Fils bien-aimé. Immergés dans sa miséricorde, nous pouvons appeler tous les hommes au bonheur d’être libérés du mal. Nous annonçons celui qui défend la victime, l’accusé et la morale véritable. Car l’Esprit Saint promis, le Défenseur, est Amour et Vérité.