Dimanche 5 juin 2011 - Septième dimanche de Pâques A

Scandales en cascade : à qui se fier ? Au bal des faux curés, qui n’est pris à danser ?

Actes 1,12-14 - Psaume 26,1.4.7-8 - 1 Pierre 4,13-16 - Jean 17,1b-11a
dimanche 5 juin 2011.
 

Dans le grand déballage des affaires, comment ne pas être emporté soi-même ? Croyez-vous que ce soit seulement par amour de la justice que l’on en parle ? La jalousie, la malveillance, le goût des ragots s’en mêlent, et surtout la satisfaction de voir abattre un adversaire politique : on tombe sur les puissants pour les faire tomber plus que par souci de morale. De l’autre côté, beaucoup de ceux qui voient avec regret leur candidat préféré disqualifié se moquent de ce qu’il a pu faire ou ne pas faire : le seul problème pour eux est qu’il se soit fait prendre. Quant à ceux qui défendent la présomption d’innocence, on les soupçonne de chercher surtout à couvrir les coupables... qu’ils sont peut-être eux-mêmes !

Première leçon des scandales, s’il est besoin de la tirer encore : la duplicité de nos âmes ! Personne ne s’estime lui-même trop fautif ou dégradé pour se priver de juger les autres avec hauteur, alors même que ses motifs sont douteux. Pour les gens en vue, on parle volontiers de personnalités compliquées ou à facettes. Mais tous les humains sont divisés à coeur, même ceux qu’on nomme « simples ». « L’homme n’est qu’un souffle, les fils des hommes un mensonge », dit le Psaume 61. Nous sommes tous pleins de faiblesses et marqués de perversité.

C’est au point que le pauvre Qohélet s’exclame : « Un homme sur mille, je le trouve, mais une femme entre toutes, je ne la trouve pas ! » (Qo 7,28). Il avait dû souffrir. Heureusement, l’homme a été trouvé, et même la femme : notre Seigneur Jésus Christ et sa très sainte mère, la Vierge Marie. Étonnant : cet homme qui nous semble double, puisque Dieu et homme, se révèle unifié comme aucun de nous. Aucune duplicité en lui ! Or, son unité personnelle lui vient de son union avec le Père dans l’Esprit. Ainsi, ce Dieu qui nous semble triple, puisque trine, est plus Un qu’aucun dieu imaginé des hommes !

Bien sûr, nous restons balbutiants devant le mystère. Pourtant, nous devons nous demander : comment est-ce possible, comment cela se passe-t-il ? Sans doute, au bout de tous nos raisonnements nous resterons interdits et sans voix, plus conscients à chaque fois de notre impuissance à expliquer l’inexplicable. Mais ce chemin balisé par les mots de la foi authentifiés par l’Église, sans fin parcouru à nouveau et sans fin s’arrêtant au pied de l’immensité ou devant le vertigineux abîme, est le moyen nécessaire de notre contemplation et de notre adoration. Or, nous ne perdons pas notre temps à contempler le Christ. En particulier aujourd’hui, en écoutant un passage de sa « prière sacerdotale », le chapitre 17 de l’évangile de saint Jean. Dans cette prière, Jésus nous dit qui il est en le reconnaissant devant le Père. Il est celui qui s’offre et combat pour nous, remportant la victoire afin que, libérés du mal, nous soyons identifiés à lui dans notre vie présente. Cette démarche ressemble à celle d’un homme politique qui se présente aux suffrages des électeurs : voyez qui je suis et ce que je peux faire pour vous si vous votez pour moi. Nous donnons bien nos voix à ces candidats que j’ai évoqués au début, souvent sans illusion à leur sujet, mais conscients que la sagesse commande de choisir le moins mauvais si ce n’est le meilleur. À plus forte raison devons-nous entendre l’appel du Fils de Dieu, lui qui ne se veut pas fascinant comme les candidats en question, à la manière d’une idole, mais, s’offrant en prière, il se situe lui-même en dépendance du Père et nous invite ainsi à la liberté.

Ce qu’il nous révèle dans sa prière, c’est comment il est vrai homme et vrai Dieu par sa façon de vivre à chaque instant dans l’obéissance à son Père qui ne cesse de lui donner l’Esprit Saint en qui ils sont Un. Il vit lui-même de la vie éternelle qu’il veut nous donner, à chaque instant de sa vie terrestre et jusque dans le ciel où il a emporté notre humanité par son Ascension. Il nous appelle à demander ce même Esprit pour qu’ici-bas, jusqu’au jour de la résurrection de la chair, nous vivions déjà en ressuscités à la gloire de Dieu le Père.

La gloire, c’est cette pureté d’intention qui inspire une conduite juste au milieu même d’un monde dépravé. Jésus n’est pas resté au-dessus de la mêlée : il y est descendu jusqu’à se faire saisir et massacrer par les chefs et par la foule. Mais son cœur n’a jamais trahi celui du Père, plein de grâce et de miséricorde. Il n’a cessé d’annoncer le salut des hommes pécheurs par l’amour de Dieu, l’amour dans la vérité, et il leur a obtenu le pardon en son sang. Voilà la gloire de Dieu, qui n’est autre que sa sainteté. Voilà l’unité de Dieu trois fois saint, et celle de Jésus, Dieu et homme.

Il est le vrai Berger et le grand prêtre éternel, le « vrai curé » en somme, c’est-à-dire celui qui peut prendre soin de nos âmes pour les arracher au mal et les établir dans la sainteté. Ne jugeons pas nos frères avec dureté, comme si nous n’étions pas nous-mêmes coupables. Et même, ne soyons pas gênés d’être saints, si nous le sommes, puisque nous recevons tout du Père par le Fils ! Tous, nous avons besoin de la miséricorde de celui qui a donné sa vie pour tous. Adorons-le pour apprendre de lui à faire la volonté du Père, contemplons-le pour être transformés en lui, jusqu’au jour où nous serons semblables à lui parce que nous le verrons tel qu’il est.