Dimanche 10 juillet 2011 - Quinzième dimanche A

Est-ce que la vie est belle ? Est-ce que la vie est belle sans compagne ?

Isaïe 55,10-11 - Psaume 64,10-13.12b.14 - Romains 8,18-23 - Matthieu 13,1-23
dimanche 10 juillet 2011.
 

Deux questions, donc. Répondons d’abord à la première.

Bien sûr, en vacances dans ces merveilleuses montagnes autour de La Grave avec son église exquise, en bonne santé et sans souci, comment ne trouverais-je pas la vie belle ? Mais tout ne va pas aussi bien pour tout le monde tout le temps.

Pourtant, le bonheur existe pour l’homme qui a trouvé la compagne de sa vie et traverse le meilleur et le pire avec sa chère épouse, la joie de ses yeux. En effet, même les épreuves les plus lourdes, lorsqu’elles sont partagées dans l’amour, ne peuvent éteindre la félicité du mariage. Bien plus, les moments difficiles surmontés ensemble affermissent et approfondissent la relation dont tous deux se nourrissent en tout temps pour leur bonheur et celui de leurs enfants.

La vie est belle, donc, pour l’homme marié pour de bon. Mais, du coup, la deuxième question se pose de façon d’autant plus aiguë. Qu’en est-il en particulier pour moi et pour mes semblables qui vivons le célibat consacré ?

Pour nous, voyez-vous, la parole de Dieu est notre compagne. On disait naguère dans les presbytères que le bréviaire était l’épouse des prêtres : chacun emmenait le sien partout avec lui, le pratiquant cinq, voire sept fois par jour, le traitant avec le plus grand soin puisqu’il devait l’accompagner jusqu’à la mort. Comme le chantent si bien le psalmiste et les prophètes, la Parole est la lumière de nos yeux, plus douce à notre bouche que le miel et plus précieuse que tout l’or des Amériques.

Si le Verbe est notre lot, il n’est pas notre apanage. De même, si elle reste pour lui seul la compagne exclusive de sa vie, la plus belle et la meilleure des épouses n’en est pas moins, au contraire, une bénédiction pour bien d’autres que son mari. C’est pour vous tous, frères, que la Parole doit devenir la semence de vie éternelle, dès aujourd’hui. Vous que Dieu a rassemblés pour son Eucharistie, vous ne pouvez l’ignorer.

Peut-être m’objecterez-vous qu’alors seuls les fils de l’Alliance peuvent goûter vraiment la vie. À cela, je répondrai d’abord que la Parole ne s’est pas seulement fait connaître à nous. Le psaume 18 l’exprime de la plus belle des façons, les merveilles du ciel et de la terre parlent de Dieu fort et clair à tous les vivants, quoique sans mots ni paroles qui s’entendent.

De plus, il est vrai que la connaissance de la Révélation nous donne un sens sans égal du bonheur. Qui peut goûter la beauté de la vie comme le Christ et ses disciples ? Permettez-moi de vous donner ici un exemple saisissant. Il s’agit d’un couple dont j’ai célébré le mariage voici près de 22 ans, Gildas et Sophie. À l’heure où je vous parle, Sophie se bat contre son cancer pour vivre encore aujourd’hui et demain, entourée de l’amour immense de son mari et de leurs quatre enfants.

Il y a quelques mois, alors que son calvaire durait depuis longtemps déjà au-delà du pronostic des médecins, Sophie me confiait une découverte plus haute que les autres. Elle me rappelait qu’en les préparant au mariage, je lui avais dit que le disciple doit aimer le Christ plus que quiconque au monde. Elle ne pouvait alors s’empêcher de penser que c’était impossible pour elle d’aimer même Jésus plus que son Gildas. Et voilà qu’au fil de son épreuve vécue dans une foi profonde, elle venait de découvrir que, si elle aimait son Gildas autant et même plus que jamais, le Christ était devenu pour elle, d’une façon qu’elle n’aurait jamais pu imaginer avant, plus important encore que son très cher mari.

Ces paroles que je lui avais dites, je les croyais. Mais elle me les rend aujourd’hui d’une façon nouvelle, comme si j’en recevais le témoignage de la bouche même du Seigneur. Je comprends mieux l’Apôtre qui nous l’affirme : ceux qui « crient leur souffrance » ainsi avec toute la création dans la douceur et la force de l’Esprit Saint manifestent notre espérance de l’adoption et de la délivrance de notre corps.

Quand eux nous disent que la vie est belle dans la compagnie du Seigneur, même jusqu’à la croix, comment ne pas les croire ?