Dimanche 17 juillet 2011 - Seizième dimanche A

Cette année, j’ai confondu l’edelweiss et la marguerite

Sagesse 12,13.16-19- Psaume 85,5-6.9-1015-16a - Romains 8,26-27 - Matthieu 13,24-43
dimanche 17 juillet 2011.
 

Ils étaient annoncés dans la descente après le col, près de la ravine, et j’ai dit : Oh, les voilà ! Mais ce n’étaient que petites pâquerettes, charmantes au demeurant. Un peu plus loin elles apparurent, les étoiles des glaciers blotties dans leur beauté mystérieuse et veloutée, céladon et argentée, intimidantes de minuscule majesté.

À propos, j’ai dit marguerite au début, mais c’est seulement parce que je trouvais cela plus joli pour le titre. Or, les pâquerettes sont des naines à côté de la marguerite, tout comme les edelweiss Vous voyez, j’aime les fleurs, mais comme botaniste je ne vaux pas un clou de girofle. En d’autres domaines, j’ai quelques connaissances, mais en bien plus de disciplines encore je collectionne aussi les ignorances. Et nous sommes tous ainsi. C’est normal.

Nous sommes trop honteux de nos bourdes et trop cruels entre nous à ce sujet. Nous sommes aussi trop vains de nos petites sciences et trop impressionnables en ce registre. Qu’est-ce qui fait la valeur d’une personne et qu’est-ce qui la déprécie, à votre avis ? Vous séchez ? Voilà pourtant une matière où la sûreté du discernement est importante et mériterait notre estime.

Le froment et l’ivraie, il paraît que quand ils sont en herbe, c’est difficile de les distinguer. Moi je suis sûr que pour un bon botaniste, c’est aussi clair que l’edelweiss et la marguerite. Or, au-delà du sens premier de la parabole, il s’agit ici des personnes et du jugement moral global qu’on peut porter sur elles. Un bon marin, une bonne cuisinière se jugent aisément à l’épreuve de leurs performances. Mais une bonne personne, qu’est-ce qui la définit ? La parole de Dieu nous éclaire aujourd’hui à ce sujet.

L’orgueil, avec ses prétentions, est mauvais : il vient de l’ennemi. Il n’y avait pas d’orgueil dans le Christ qui s’est laissé abaisser jusqu’à la croix et la mise au tombeau. C’est pourquoi il est le grain de blé qui porte jusqu’à 100 milliards pour un : « par le Fils tombé en terre, Dieu a béni sa terre » dit Origène. Ainsi nous est révélé que l’humble miséricorde, riche de ses patiences, est bonne. Elle vient de Dieu, elle va à Dieu, elle est ce que Dieu est : l’Esprit de Dieu qui intervient pour nous avec des gémissements ineffables.

Entre la parabole et son interprétation, il y a l’espace de l’histoire du monde et de chacun, le temps d’une possible conversion. Ne laissons donc pas l’ivraie gagner en nous et étouffer le bon grain jusqu’à la damnation. Entrons maintenant dans le dessein miséricordieux de Dieu de tout notre cœur pour nous-mêmes et pour la création tout entière.

Apprenons à déprécier ce qui fait notre gloire aux yeux du monde et à ne pas mépriser les petits qui ne brillent guère selon les canons de ce temps. Voilà la sagesse divine. Mère de toutes les vertus, elle nous fera distinguer les fleurettes de rencontre, chez qui la moindre pâquerette se prend pour la reine des marguerites, des edelweiss discrets sur qui s’ouvre le sourire du bon Dieu que rien ne fanera jamais.