Dimanche 24 juillet 2011 - Dix-septième dimanche A

Et vous trouvez ça lumineux, vous ?

1 Rois 3,5.7-12 - Psaume 118,57.72.76-77.127-130 - Romains 8,28-30 - Matthieu 13,44-52
Sonntag 24. Juli 2011.
 

Les paraboles du Royaume font partie des « mystères lumineux » introduits par le pape Jean-Paul II dans la récitation du Rosaire. Pourtant, leur signification n’apparaît pas si limpide. Au point que Jésus éprouve le besoin de demander à la foule : « Avez-vous compris tout cela ? » À notre étonnement, ils répondent « Oui », sur quoi Jésus ajoute une parole plus énigmatique encore que ce qui précède.

Tentons une première interprétation en partant justement de cette fin étrange. Puisqu’il est question d’un scribe, supposons qu’il s’agit des Écritures. « Il tire de son trésor du neuf et de l’ancien » : l’idée serait-elle de concilier ancien et nouveau Testament en piochant à l’occasion dans l’un ou dans l’autre ? Ce serait « sympathique », mais la tournure grecque de la phrase n’y incite guère, d’autant que le contexte, avec la parabole qui précède, évoque une situation de crise eschatologique, assortie d’un tri dramatique.

C’est pourquoi nous avons plutôt ici un principe d’interprétation : l’instauration du Règne nouveau en Jésus Christ est désormais le critère souverain d’appréciation de l’Écriture dans son ensemble et en détail. Un exemple bien connu est celui des interdits alimentaires : comme traces d’un moment de l’Alliance de Dieu avec son peuple, ils restent un témoignage valide, mais comme préceptes à observer, ils sont caducs. Ainsi, le scribe devenu disciple du Royaume des cieux tire des textes en question de l’ancien et du nouveau.

Dans cette perspective, la clef des deux premières petites paraboles est évidente : le Christ lui-même est le trésor caché dans le champ des Écritures et la perle de grande valeur pour laquelle tout le reste doit être « vendu ». Mais cette conclusion ne s’applique pas seulement à l’interprétation des Écritures : sa portée atteint évidemment un niveau existentiel. Le Christ devient le critère souverain non seulement des choix exégétiques, mais aussi de ceux de la vie de disciple.

De ce point de vue, le caractère renversant de la découverte du trésor ou de la perle pour les personnages des paraboles doit se retrouver dans l’existence de ceux qui découvrent le Christ. Les multiples conversions dont témoignent les vies de saints ou de chrétiens ordinaires sont de tels moments où tout le reste apparaît comme sans valeur à côté du Seigneur qui se donne à aimer et à suivre. Les biens de toute espèce sont alors ravalés au rang de ressources, dans la mesure où ils peuvent servir à la poursuite du seul but qui vaille.

Nous pouvons penser, sans doute, d’abord aux vocations religieuses ou sacerdotales : en acceptant la pauvreté, la chasteté et l’obéissance, les jeunes gens qui répondent à l’appel « vendent » bien tout ce qu’ils ont pour obtenir le Royaume qui est le Christ. Mais la vie ne cesse pas pour eux, heureusement, ni donc la nécessité dans les tournants suivants de leur parcours de faire à nouveau le même choix radical.

Un autre exemple particulièrement saisissant est le cas de personnes sur qui s’abat une épreuve extrême et qui la vivent jusqu’au bout comme ce mystérieux échange de tout leur être contre celui du Christ. Tel fut le sort de Sophie, je pense, morte dimanche dernier au terme de trois ans de combat magnifique et que nous avons enterrée jeudi dans la joie à travers les larmes, car nous remettions au Seigneur son amie très chère en qui s’était manifestée sa puissance invincible de vie éternelle.

Qu’importe, alors, si certains ne perçoivent pas toutes les subtilités de l’Écriture, pourvu que tous comprennent un jour en leur chair le mystère lumineux du salut par la passion et la résurrection du seul saint et bienheureux Jésus Christ, notre Seigneur.