Dimanche 15 août 2011 - Assomption de la Vierge Marie

Il y a une fin à tout

Apocalypse 11,19 et 12,1-6.10 - Psaume 44,11-16 - 1 Corinthiens 15,20-27a - Luc 1,39-56
lundi 15 août 2011.
 

Autrement dit, il faut se faire une raison : on s’y était habitué, on y avait pris goût, on s’y était attaché, et voilà qu’on doit y renoncer !

Mais l’expression sert aussi pour soutenir l’espérance de ceux qui endurent une épreuve trop longue : tenez bon, car il n’est aucun temps de souffrance qui ne se termine par une libération.

Paradoxe, donc, de notre existence mortelle que le bon temps s’assombrisse toujours d’un horizon de disparition, et que l’ultime espoir du malheureux soit la fin de ses souffrances en même temps que de sa vie.

Non, décidément, si chargé de sagesse soit-il l’adage qu’il y a une fin à tout n’est pas empreint de joie, mais de cette tristesse irrémédiable qui cerne de noir tout bonheur des hommes.

Or, l’Assomption de la Vierge Marie sonne triomphalement le renversement de cette fatalité pour notre humanité. Elle ne supprime pas la fin, la fin de toute chose, mais elle ouvre un passage à travers la fin.

Bien sûr, c’est là le mystère du Christ Jésus, le mystère de sa Pâque, auquel celui de la Vierge Marie n’ajoute rien. D’ailleurs, l’évangile de ce jour, la Visitation, résume dans la bouche d’Élisabeth, l’ensemble de l’histoire du salut : l’élection d’Abraham et de sa descendance et l’accomplissement de toutes les promesses de Dieu, consignées dans les Écritures, par la naissance, la vie et la mort de Jésus, Messie d’Israël et Fils unique et éternel de Dieu, sa résurrection, son ascension et la mission apostolique. La mère de Jésus, mère de Dieu, est simplement par excellence l’humanité croyante qui accepte et réalise par la foi le salut qui lui est destiné : « Heureuse celle qui a cru aux paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. » Mais, pour cela justement, le mystère de la sainte Vierge fait partie du mystère de son Fils, et il en est, en quelque sorte, la fin : à la fois la fine pointe conclusive et le but même du plan de salut de Dieu pour sa Création.

Ainsi, le fait que le dogme de l’Assomption soit le dernier promulgué par l’Église catholique, en 1950, ne donne pas à penser qu’il serait comme ajouté à la révélation, mais signifie plutôt qu’il constitue l’ultime développement de ce qui était contenu dans les Écritures. On pourrait dire que ne pas croire à l’Assomption de la Vierge Marie revient à ne pas croire au mystère chrétien. Disons plutôt que, quiconque commence à croire au mystère chrétien est appelé à aller au bout de la foi, c’est-à-dire à croire en l’Assomption. D’ailleurs, « assomption » vient de « assumer », et le résumé de la foi chrétienne est bien que, dans son immense amour, Dieu a assumé jusqu’au bout sa création qui était tombée au pouvoir du péché et de la mort, pour la racheter en son Fils unique.

En la personne de la Vierge Marie, assumée en Dieu au terme de sa vie terrestre, élevée corps et âme à la gloire du ciel qui est celle de son Fils mort et ressuscité pour les pécheurs, la création a déjà « traversé la fin » pour entrer dans le commencement qui n’aura pas de fin : la vie éternelle. Son privilège, qui est de précéder tous les hommes en recevant pleinement le bénéfice de la Pâque du Ressuscité sans attendre la résurrection des corps au dernier jour, lui est accordé en vertu de son Immaculée conception : elle fut en effet préservée du péché depuis le premier instant de son existence. Mais tous les hommes rachetés par le baptême dans la mort et la résurrection du seigneur sont appelés à la même gloire éternelle.

Telle est notre espérance, celle qui fait des chrétiens le peuple de la joie brillant sur les nations qui vivaient dans l’ombre de la mort, pour que cette lumière les appelle à l’accueillir par la foi, la foi d’Abraham et de Marie.

Ainsi nous le proclamons avec la Vierge bienheureuse : il y aura une fin à toute injustice au monde, et à la mort qui avait régné sur la création. Au-delà de cette fin, il n’y aura que Dieu pour tous ceux qui auront cru à sa Parole.