Dimanche 31 août 2008 - Vingt-deuxième dimanche A

La guerre est la continuation de la diplomatie par d’autres moyens

Jérémie 20,7-9 - Psaume 62,2-6.8-9 - Romains 12,1-2 - Matthieu 16,21-27
dimanche 28 août 2011.
 

Ou, plus exactement, "La guerre est la continuation des relations politiques avec l’introduction d’autres moyens." Cette phrase nous surprend, tant la guerre nous apparaît comme un échec des efforts de paix, une grave rupture des relations et une catastrophe pour les populations exposées. Pourtant, nous en voyons aussi la pertinence du point de vue des acteurs politiques : pour eux, le passage au conflit armé ouvert ne fait pas cesser les rapports qu’ils entretiennent, il les modifie seulement. Dans cette réflexion célèbre, Clausewitz met en évidence avec subtilité la continuité dans la rupture. Ici, la continuité des mêmes rapports de force politiques sous les visages contrastés de la paix et de la guerre. En somme, dans tous les cas, la lutte pour le pouvoir se poursuit, avec plus ou moins d’âpreté, à travers des périodes de compromis fragiles ou durables et des phases de crises sournoises ou violentes. Il en va ainsi dans les relations internationales, mais aussi entre les partis politiques comme entre les factions qui s’y disputent la direction, au sein des familles, et même sans doute des paroisses.

Dans notre évangile apparaît une rupture brutale. Dimanche dernier, Pierre confessait la messianité de son maître, Jésus, Fils du Dieu vivant, et recevait de lui éloges et nominations. Aujourd’hui, il se fait traiter de Satan, comme personne d’autre dans l’évangile. C’set que lui-même a perçu une rupture dans l’annonce de la passion par rapport au ministère de grâce du Messie. Et certes, d’un simple point de vue politique cette rupture est totale : la condamnation, les souffrances et la mort de Jésus mettront fin à sa capacité de peser sur la situation sociale et religieuse de son temps. Où donc est la continuité ? Dans l’amour, bien sûr, qui s’exprime sur la croix par d’autres moyens que dans les actes et les paroles de guérison et d’enseignement, mais qui ne cesse de poursuivre les mêmes buts. Or, dans la résurrection de Jésus, l’amour se manifestera plus fort que la mort et capable de poursuivre, au-delà de toute défaite en ce monde, le dessein invincible de salut de Dieu pour sa création.

La vie n’est pas faite pour être tranquille sur notre terre, la paix ne peut y être une simple quiétude ordinaire. Passionnante ou souffrante, la vie est un feu dévorant. Nous tenons le bonheur pour normal et quand le malheur nous arrive, nous en accusons Dieu. Mais à la lumière de la passion et de la résurrection du Christ, nous pouvons entrer dans la continuité de l’amour et de l’adoration à travers les joies et les peines de notre existence. À la suite du Christ, nous pourrons rendre grâce pour la vie, même si éprouvée que le goût nous en sera devenu insupportable. Nous porterons le combat spirituel dans toutes les tentations, celles de la richesse et du succès comme celles des souffrances et des déceptions. Ce sera notre croix, nous y trouverons le Christ inlassablement. Il sera lui-même notre paix, par-delà tous les troubles de l’âme, et même lorsque, comme Pierre, nous aurons à être relevés de nos chutes spirituelles.

La guerre que fait Satan à Dieu et aux hommes continue en nous, bien que le Christ ait remporté la victoire, tant que nous n’acceptons pas la paix qu’il nous offre sur la croix.