Dimanche 11 septembre 2011 - Vingt-quatrième dimanche A

À combien vous estimez-vous ? ou « C’est l’hôpital qui se moque de la charité »

Siracide 27,30-28,7 - Psaume 102,1-4.9-12 - Romains 14,7-9 - Matthieu 18,15-20
dimanche 11 septembre 2011.
 

À combien vous estimez-vous ?

Pendant que les uns prennent le temps de calculer, les autres peuvent se demander s’ils connaissent le sens de l’expression : « C’est l’hôpital qui se moque de la charité ».

Bon, tout le monde a fait ses comptes ? Les jeunes professionnels ont sans doute eu l’occasion de devoir répondre à cette drôle de question au sujet de leurs prétentions salariales lors d’un entretien d’embauche. Ils connaissent le problème : si j’annonce peu, j’ai l’air de manquer d’ambition ; si je demande trop, on va penser que je ne vaux pas tant.

La question se retourne dramatiquement pour les otages, quand leurs ravisseurs font leur prix pour la rançon. S’ils m’estiment moins, je suis facile à racheter, mais aussi à maltraiter. Si c’est le contraire, ils prendront soin de moi, mais je risque d’attendre longtemps la libération. De toute façon, c’est trop dur et trop long, et c’est une immense injustice.

Au fait, avez-vous déjà réfléchi sérieusement à ce que dit l’Église quand elle proclame que le Christ nous a rachetés ? Que Dieu a payé de la vie de son propre Fils le salut de chacun de nous ? Que le baptême est vraiment la libération de celui, enfant ou adulte, que le démon retenait en son pouvoir ?

La parabole d’aujourd’hui parle de ce marché incroyable. La dette du premier serviteur, dix mille talents, est fabuleuse. Un talent était ce que gagnait un homme dans sa vie d’honnête travailleur. Alors dix mille ! La disproportion renvoie à celle, immense, qu’il y a entre l’homme et Dieu. En revanche, la dette du second à l’égard du premier, cent deniers, était importante, mais correspondait seulement à cent jours de salaire ordinaire.

La première leçon, assez banale, est qu’il faut relativiser, comme on dit. Mais c’est plus facile à dire qu’à faire. Si je me fais piétiner un petit peu, je ne vais pas penser que cela pourrait être pire, je vais hurler, bien sûr. Que m’importent les milliards virtuels à côté des mille euros bien concrets qu’on vient de me carotter d’une manière ou d’une autre !

En fait, ce n’est qu’au fil d’une vie de disciple qu’on entre vraiment dans la grâce de son baptême. Par exemple, nous disons : je n’arrive pas à pardonner ceci ou cela. Mais comment nous sommes-nous entraînés à pardonner progressivement de plus en plus, de mieux en mieux ? Personne ne court le cent mètres en dix secondes simplement parce que l’envie lui en prend.

Comment considérons-nous les autres ? En méprisant les plus petits que nous et en flattant les plus grands ? Ce n’est que peu à peu qu’on apprend à estimer le plus petit au prix infini que Dieu lui donne en son Fils, et à respecter les grands pour le service qu’ils rendent au nom de Dieu, sans nous faire d’illusion sur la gloire qui vient des hommes.

Quel apaisement, mes amis, si nous parvenions à cette relativisation-là ! Si chacun de nous se regardait lui-même sans complaisance, comme un pauvre pécheur, plein de passions et de mouvements assez bas, qui ne cesse d’avoir besoin d’être pris en pitié par notre Père qui est aux cieux. Et en même temps comme celui qu’il a tant aimé, qu’il a donné son Fils pour lui ! Si chacun de nous comprenait que son seul orgueil légitime est d’être aimé par Dieu malgré ses péchés, aimé et estimé, pardonné et sanctifié, et fortifié pour entrer dans une vie d’amour fraternel avec tous, petits et grands ! Quelle paix ce serait sur la terre des hommes, mes amis !

Dans nos querelles, nous sommes si souvent comme l’hôpital qui se moque de la charité. C’est-à-dire une institution qui se fait juge des misères d’une autre alors qu’elle-même est encore plus misérable. Au contraire, puisque Dieu veut nous voir plus beaux que nous ne sommes, entrons de bon coeur dans son jeu follement généreux, et nous deviendrons semblables à son Fils qui nous a estimés plus que sa vie même.