Dimanche 18 septembre 2011 - Vingt-cinquième dimanche A

Si je vous donne cent euros, une belle pièce d’or toute neuve, qu’allez-vous en faire ?

Isaïe 55,6-9 - Psaume 144,2-3.8-9.17-18 - Philippiens1,20c-24.27a - Matthieu 20,1-16a
dimanche 18 septembre 2011.
 

Si je vous donne cent euros, une belle pièce d’or toute neuve, qu’allez-vous en faire ?

Certains se disent : « Chic, je vais pouvoir aussitôt m’offrir ceci, cela ! » D’autres pensent : « Je vais l’économiser, la mettre à banque, ou plutôt sous mon matelas, par les temps qui courent, ce serait peut-être plus prudent. » Mais pour quelques-uns peut-être, cette pièce représente la somme dont ils ont vraiment besoin, maintenant...

Bien sûr, quand je vous dis que je vais vous donner cent euros, c’est une hypothèse d’école : les curés n’ont pas l’habitude de donner de l’argent à la messe, ils en demandent plutôt. D’ailleurs, vous allez pouvoir le vérifier dans cinq minutes... Mais cent euros, c’est à peu près le salaire moyen d’un jour de travail aujourd’hui. Au temps de Jésus, c’était un denier, traduit dans notre évangile par « une pièce d’argent ». Avec cela, un homme devait faire vivre sa famille pendant un certain temps, parce qu’on ne trouvait pas du travail tous les jours, comme notre parabole le suggère. À notre époque encore, pour une grande part de la population mondiale, la grande préoccupation quotidienne, c’est le repas : qu’allons-nous manger aujourd’hui ?

Mes amis, n’est-il pas injuste que des hommes ne puissent pas manger à leur faim ? Ne faut-il pas donner à quiconque ce dont il a besoin, même s’il est malade ou infirme, et donc non productif ? Un libéralisme sauvage qui n’accorderait à tout individu que ce qu’il a gagné lui-même ne serait-il pas une suprême injustice ?

Mais si l’on entend pousser cette réflexion jusqu’à ses extrêmes conséquences, on parvient à la maxime : « À chacun selon ses besoins, de chacun selon ses capacités » que les pionniers du communisme tiraient d’ailleurs d’une certaine lecture de l’évangile. Or, le communisme pur et dur, non seulement ne marche pas, mais surtout conduit à des horreurs pires que la loi de la jungle, comme nous l’avons trop vu.

En somme, dans le monde réel que nous vivons, deux principes opposés s’affrontent : la justice rétributive, qui veut que le mérite soit récompensé, et la justice distributive, qui se réclame du droit de tous les hommes à vivre et à bénéficier des bien de la terre. Refuser l’un de ces principes au nom de l’autre, c’est rompre un équilibre vital. Naviguer avec prudence de l’un à l’autre selon les circonstances, c’est une sagesse nécessaire : quand on l’oublie, cela conduit aux désordres que nous connaissons de nos jours.

Mais la parabole d’aujourd’hui mélange les deux principes, c’est ce qui la rend si déconcertante. Chacun reçoit la même chose comme si c’était la ration vitale dont tous ont besoin, mais en même temps, chacun reçoit la pièce comme si c’était le juste salaire de son travail, quelles qu’en soient la durée et la pénibilité. Forcément, pour nous, il y a quelque chose qui cloche.

La première leçon à en tirer est une leçon d’humilité. Dans notre condition mortelle et exposée au péché, nous ne pouvons unifier les deux principes. C’est seulement au pouvoir de Dieu, dont les pensées et les chemins sont infiniment élevés au-dessus des nôtres ! La perfection de la justice divine, nous ne la connaîtrons vraiment que dans le Royaume, à la fin des temps. Mais la deuxième leçon est justement que nous ne devons pas attendre pour en goûter d’avance la saveur exquise.

La vie, en effet, est plus que la nourriture ou le vêtement, plus que les biens de la terre qui en sont la condition ici-bas. Dieu lui-même, et lui seul, donne la vie, lui qui nous a créés en vue de la vie éternelle. Tout à l’heure, nous allons recevoir chacun, quelles que soient nos œuvres et la générosité de notre labeur à la vigne du Seigneur, la même pièce bien plus précieuse que si elle était d’or ou d’argent : le corps même du Christ ressuscité ! Or, cette nourriture de vie éternelle nous est donnée aujourd’hui pour que nous vivions déjà en ressuscités, réalisant dans nos vies sur cette terre la merveilleuse loi d’amour qui accomplit toute justice.

C’est pourquoi je vous poserai une dernière question. Quand vous aurez reçu ce « viatique », qu’allez-vous faire de cette vie que Dieu donne ? Qu’allez-vous en faire aujourd’hui et demain qui soit digne de l’Évangile et de la grâce reçue en Jésus Christ Notre Seigneur ?