Dimanche 25 septembre 2011 - Vingt-sixième dimanche A

J’ai fait le travail. Vous êtes sûr ?

Ézéchiel 18,25-28 - Psaume 24,4-9 - Philippiens 2,1-11 - Matthieu 21,28-32
dimanche 25 septembre 2011.
 

Vous avez rendu une copie impeccable, claire et complète, brillante, mais vous avez mal lu l’énoncé et vous récoltez un « Hors sujet, zéro ». Ou encore, on vous a donné un rendez-vous très important à Saint-Pierre de Montrouge ; à l’heure dite, vous allez à Montrouge. Pas de chance, c’était à Paris.

Qu’est-ce exactement que « travailler à la vigne du père », et où cela se passe-t-il ? Facile : aujourd’hui Jésus explique la parabole. Les publicains et les prostituées précèdent les chefs des prêtres et les anciens dans le royaume de Dieu. Donc il s’agit de conversion, n’est-ce pas ? Le travail consisterait à changer sa vie de péché pour une vie de sainteté ?

Ce n’est peut-être pas si simple. D’abord, les chefs des prêtres et les anciens ne menaient justement pas une vie de péché évidente : en quoi consiste donc la conversion pour eux ? Ensuite, notre évangile ne parle pas de conversion, mais de croire à la parole de Jean-Baptiste. C’est clair pour vous, cela, qu’il faut croire à la parole de Jean-Baptiste ? Et vous y croyez, vous ?

La prédication de Jean-Baptiste, très radicale, déclare tout le peuple pécheur, aussi bien les pharisiens que les prostituées ou les publicains. Pécheur, et donc encourant la colère de Dieu, méritant le châtiment suprême, le feu du ciel. Jésus n’a jamais dit le contraire, il a annoncé la grâce faite aux pécheurs qui méritaient la condamnation. S’il n’y a pas de condamnation, il n’y a pas de grâce. La justice de Jean-Baptiste, ce n’était pas de s’habiller de poils de chameau et de se nourrir de sauterelles, mais d’espérer la grâce de Dieu.

Le frère qui dit oui à son père, mais n’y va pas, c’est l’homme qui, vivant selon la justice apparente de l’observance légale, se croit vraiment juste et méprise son frère, pécheur public. Le frère qui dit non puis va à la vigne est celui qui reconnaît son péché et le regrette, parce qu’il croit à la parole qui l’appelle à la conversion. Voilà le travail, en fait : croire à la Parole. Jésus le dit littéralement dans l’évangile de saint Jean : l’œuvre de Dieu, c’est que vous croyiez en celui qu’il a envoyé. Tout le reste en découle. Si vous croyez, par la grâce de Dieu, vous vous repentez et Dieu vous pardonne ; et il vous sanctifie, c’est-à-dire qu’il vous donne son Esprit pour changer votre vie.

Le reproche final de Jésus à ses adversaires, c’est que, même après avoir vu les pécheurs croire à la Parole, ils n’y ont pas cru eux-mêmes. Mes amis, changeons de regard les uns sur les autres. Au lieu de nous juger et comparer mutuellement, sachons nous émerveiller de la manière dont l’autre croit à la Parole, et de la façon dont cela change sa vie. Soyons de vrais frères chrétiens, en somme !

En fait, Jésus nous invite à renoncer à toute prétention : oui nous sommes de pauvres pécheurs, des êtres faibles et faillibles. Et si nous regardons notre vie passée à la lumière de sa parole, nous voyons que nous avons multiplié les fautes contre l’amour, la justice et la vérité. Et que cela ne nous accable pas, au contraire ! Puisque nous croyons à la grâce du pardon tout-puissant du Christ, reprenons courage ensemble.

Et quel soulagement, mes amis, de renoncer à toute prétention à la justice qui vient de la loi. Nous cessons de nous tromper sur l’énoncé, sur ce que Dieu demande, et sur le lieu du travail, puisqu’il s’agit de nous amender profondément et non de faire le juste aux yeux des autres. En plus, quel soulagement pour les autres ! Et surtout, quelle merveilleuse perspective de vie : car cette humilité radicale ouvre la voie à tous les progrès spirituels, à la sainteté, en somme.

D’ailleurs, comment serions-nous chrétiens autrement ? Disciples du Christ qui s’est anéanti jusqu’à la condition d’esclave et abaissé jusqu’à la mort de la croix ? Tout le travail, c’est lui qui l’a fait ainsi, lui, le parfait croyant qui ne fut que « Oui » à la volonté du Père et qui a accompli son œuvre. Soyons sûrs que si nous croyons en lui, nous accomplirons en lui son œuvre. Soyons unis dans la miséricorde et l’amour fraternel et nous serons comme un seul Fils qui travaille à la vigne du Père, à sa gloire et pour notre bonheur à tous.