Dimanche 2 octobre 2011 - Vingt-septième dimanche A

Pourquoi changer ? Pourquoi changer quand on n’est pas obligé ?

Isaïe 5,1-7 - Psaume 79,9-10.13-16a.19-20 - Philippiens 4,6-9 - Matthieu 21,33-43
dimanche 2 octobre 2011.
 

Il est de bon ton, dans nos sociétés modernes, de critiquer la « résistance au changement ». Mais ce sont souvent de bonnes raisons qui font résister. L’état actuel des choses résulte de la réflexion et des efforts de nos prédécesseurs qui n’étaient pas moins intelligents ou généreux que nous. Il s’est affiné à l’usage, au fil du temps, il a fait ses preuves. Et nous y sommes habitués, ce qui n’est pas peu appréciable pour notre capacité à prendre part à son fonctionnement efficace.

Que la curiosité et le goût de la variété nous poussent souvent à changer sans nécessité, soit ! Mais prenons garde que la fantaisie des uns ne soit le fardeau des autres. Sans compter le risque de devenir soi-même victime de la tyrannie de la mode et de l’injonction à se faire toujours plus « original ». Non, décidément, les changements obligés à cause de l’usure des choses et des personnes sont déjà assez nombreux et pressants pour ne pas en rajouter plus que de raison.

Cela dit, dans l’obstination des vignerons de la parabole d’aujourd’hui, il y a quelque chose d’une résistance coupable. Ils se sont habitués à l’absence du maître au point de refuser violemment son approche et l’imminence de sa venue. Historiquement, les chefs d’Israël ont effectivement failli à leur mission de « veilleurs pour le peuple ». C’est d’eux que parle le Seigneur, eux qui n’ont pas cru à la parole du Baptiste, même en voyant les pécheurs y croire, eux qui sont allés jusqu’à livrer le Fils à la croix des païens.

La prédication de Jean était simple, trop simple même aux yeux des sages de son temps : tous les fils d’Israël, tous les hommes, sont pécheurs et doivent se convertir. Voilà le seul changement absolument nécessaire, en dépit de toutes les habitudes ou de l’attachement au passé : croire à cette parole et à l’espérance qu’elle implique, celle du pardon de Dieu par la grâce du Christ. Ce changement est la matrice de celui par lequel nous sommes sanctifiés et transformés en un peuple ardent à faire le bien, à « produire son fruit »..

La bonne règle de toute réforme est d’ordonner les efforts du changement au résultat escompté. Pour l’Église, ce principe vaut au-delà de la simple raison : c’est en vertu de l’espérance du jugement dernier et de la résurrection finale que le corps tout entier et chacun de ses membres s’efforce de progresser sur le chemin de la sainteté. Parce que le monde change et l’oblige à changer, sans doute, mais surtout parce que l’Esprit Saint renouvelle toute chose, l’Église ne cesse de « mettre à jour » son enseignement et les modalités de son agir en elle-même et dans les sociétés où elle est immergée.

Au fond, nous nous convertissons à la mesure de notre foi en la parole du Seigneur et de notre espérance en sa venue qu’il n’a cessé d’annoncer. Celui qui n’espère pas ne se convertit pas. Celui qui se convertit découvre, fût-ce à travers les souffrances ou la pénitence, la joie la plus profonde et la plus pure, celle qui ne cessera de grandir jusqu’à devenir parfaite, la joie de la venue du Seigneur en son domaine.

Alors que tout passe et disparaît sous le ciel, Dieu seul demeure et son amour. Quand les collines et les montagnes valseraient, jamais son amitié pour son peuple ne se lassera ; jamais, il ne cessera de poursuivre son dessein de salut pour toute la création. C’est à la fidélité inébranlable de Dieu à son alliance de paix que nous devons rendre témoignage par la foi, c’est à son œuvre de grâce que nous devons livrer tout notre être, jusqu’au jour où viendra dans la gloire le Bon Pasteur de son peuple. Et c’est ainsi que nous allons à sa rencontre dès maintenant, parce que l’amour nous oblige.