Dimanche 9 octobre 2011 - Vingt-huitième dimanche A

Être mauvais ou bon, est-ce la question ?

Isaïe 25,6-9 - Psaume 22,1-6 - Philippiens 4,12-14.19-20 - Matthieu 22,1-14
dimanche 9 octobre 2011.
 

Ben sûr que oui ! Que vous soyez musicien, orateur ou plombier, vous vous efforcez d’être bon plutôt que mauvais. Heureusement pour ceux qui vous écoutent ou vous confient leur bien-être ! D’ailleurs, si vous ne le faites pas pour les autres, il faut pourtant que vous le fassiez pour vous-même, car la sélection est impitoyable.

Et donc non, justement. Ce monde sauvage de la concurrence effrénée ne cesse de laisser sur le bord du chemin des hommes et des femmes, des enfants même, qu’il rejette comme mauvais, impropres à la consommation du système. Il faut résister à ce mouvement inhumain du profit et de la performance à tout prix qui oublie la valeur infinie de toute personne et les ressources cachées de ceux qui sont éliminés en tant qu’inadaptés.

D’ailleurs, voyez la parabole des invités au festin. Il y a d’abord un groupe d’invités qui se décommandent, ce qui leur vaut une colère meurtrière. Ensuite, on ramasse une foule de gens, tous ceux qu’on trouve, les mauvais comme les bons, est-il précisé ! Donc l’évangile est bien contre la discrimination.

Ah mais ce n’est pas si sûr. Voyons plutôt la fin et la conclusion. Parmi ceux qui sont entrés, le roi en fait expulser un, et même « jeter dans les ténèbres ». Et Jésus de déclarer : « Certes la multitude des hommes est appelée, mais les élus sont peu nombreux. » C’est justement ce que nous disions : la concurrence est rude, en fin de compte il faut bien se battre pour se retrouver parmi les bons.

Comment sortir de cette contradiction ? En remarquant qu’en réalité, il faut se rendre à l’évidence qu’il n’y a, au bout du compte, qu’un seul élu !

La première clef de notre parabole est historique. Les juifs ont refusé le Messie et leur obstination à se libérer par eux-mêmes les a conduits à la catastrophe de l’an 70 : Jérusalem et le Temple incendiés et détruits par les Romains, dans un grand massacre. En revanche, une foule de païens, un ramassis pourrait-on dire, sont entrés dans la Nouvelle Alliance en rejoignant les juifs qui ont cru au Christ. La minorité juive en question, avec les Apôtres en son centre, est revenue de ses refus. Seul Jésus n’a été, tout entier, toute sa vie, que oui, Amen, à son Père. Ressuscité, il offre le salut à tous, juifs et païens. Cet accueil par pure grâce ne dispense personne d’avoir à se convertir. D’où l’avertissement : celui qui refuse de purifier sa vie dans l’Esprit se condamne lui-même.

Qu’est-ce que l’habit de noces, en effet, sinon le Christ lui-même que tout homme revêt par son baptême, sans aucun mérite de sa part ? « Tu es une création nouvelle, tu as revêtu le Christ », dit le prêtre à celui qui sort des eaux baptismales pour entrer dans une vie nouvelle. Car, ensuite, il doit se laisser sanctifier par l’Esprit, c’est-à-dire configurer toujours plus complètement au Christ.

Ainsi, derrière la lecture historique se cache une interprétation plus radicale et décisive. Tous les hommes sont pécheurs, sauf le Fils de Dieu, le bien-aimé, « l’Élu » du Père. Chacun de nous est mauvais dans sa prétention à être bon, voire le meilleur. Chacun de nous est bon pour Dieu à sauver de son péché et à rendre meilleur, par la grâce de l’unique Jésus Christ.

La question n’est donc pas d’être mauvais ou bon, mais bien : est-ce que j’accepte de devenir lui, ou plutôt qu’il devienne moi, qu’il devienne nous, lui qui seul est bon ? Alors, de tous les appelés, Dieu fera un seul Élu en son Fils, le Sauveur de tous les hommes.