Dimanche 16 octobre 2011 - Vingt-neuvième dimanche A

« Quelle histoire ! Et qui va gagner, alors ? » Dimanche matin, les pronostics vont bon train

Isaïe 45,1.4-6a - Psaume 95,1a.3-4.5b.7-8a.9a.10ac - 1Thessaloniciens 1,1-5b - Matthieu 22,15-21
dimanche 16 octobre 2011.
 

« Quelle histoire ! Et qui va gagner, alors ? » Dimanche matin, les pronostics vont bon train. Il y en a même qui parient. Pourtant, les aspects techniques du débat ont échappé à la plupart. Mais même ceux qui n’ont pas tout compris sentent, voient qui a pris le dessus.

En effet, les adversaires de Jésus se sont avoués vaincus. L’évangile de saint Matthieu le dit juste après notre passage, découpé par le liturgiste pour se terminer sur la fameuse sentence lapidaire du Christ, « Rendez à César... » : « En entendant cela, ils furent tout étonnés, et ils le laissèrent. » Pourtant, la phrase de Jésus est assez subtile : que signifie-t-elle exactement ? Depuis 2000 ans, on n’a pas fini d’en discuter. C’est justement ce qui peut impressionner les partisans d’Hérode, bons connaisseurs en communication politique. La formule est assez sibylline pour que personne ne puisse être sûr de ce qu’elle veut dire, mais si bien frappée que chacun se plaît à imaginer qu’elle exprime ce qu’il pense lui-même.

Seulement, à la différence d’un politicien ordinaire, Jésus ne veut pas simplement noyer le poisson et ratisser large en gardant les apparences de la compétence. Sa parole est réellement décisive et décidée, elle comporte une prise de position précise sur la juste façon de chercher la volonté de Dieu dans tous les aspects de l’existence. Experts en la matière, les pharisiens l’ont bien compris. C’est pourquoi ils sont abasourdis et forcés de reconnaître leur défaite.

Pour mieux expliquer la position du Christ dans le débat en question, arrêtons-nous d’abord sur le fait même, historique, de cette controverse. L’enjeu n’en était pas simplement une élection, mais bien la vie ou la mort de Jésus. C’est ce qu’il sous-entend dans sa réplique sévère : « Hypocrites, pourquoi voulez-vous me mettre à l’épreuve ? » Il le sait bien : ses ennemis, opposés entre eux, ne s’accordent que dans l’intention de l’éliminer. Sachons donc nous émerveiller du fait que le propre Fils éternel de Dieu se soit exposé à devoir, pour se défendre et gagner un peu de temps sur l’issue fatale qui se dessinait, se mêler aux débats faussés des hommes de son temps et se soumettre aux règles de ce jeu parfois oiseux, alors que les dés étaient pipés. Mais pourquoi donc ? Parce qu’il est venu sauver notre vie humaine. Pas un être abstrait, un pur esprit, une âme subliminale, mais une vie de chair et de sang, avec toute son histoire, du berceau au tombeau.

Disciples du Christ, ne croyez pas qu’il ne s’intéresse à vous que quand il vous voit à la messe. Il ne veut pas de chrétiens à temps partiel ! C’est à chaque instant, en toute circonstance, que vous devez prendre la vie au sérieux dans tous ses aspects, y compris politiques économiques ou financiers - c’est cela, rendre à César ce qui est à César comme le commande le Seigneur -, d’autant plus que vous la consacrez constamment par l’oraison mentale - ce qui est rendre à Dieu ce qui est à Dieu.

Il y a sous le ciel un temps pour tout : un temps pour naître et un temps pour mourir, un temps pour rire et un temps pour pleurer, un temps pour patienter et un temps pour se battre. Quand il faut se battre, battez-vous ! Soyez assez réalistes pour vous mêler de la vie du monde selon ce qu’elle réclame à chaque fois, et assez hommes de foi pour ne rien en soustraire au Seigneur : confiez-lui tout dans l’écoute de sa Parole et la prière, afin d’être avec lui tout le temps.

De plus, ce n’est pas seulement la petite histoire de chacun d’entre nous que sauve le Christ, mais la grande, l’histoire universelle. La première lecture en est témoin : même Cyrus le Perse, le roi païen, est dans la main de Dieu quand il agit en faveur d’Israël. Là est le critère décisif des actions de tout homme : la mesure dans laquelle elles contribuent au dessein de Dieu qui est de sauver toute l’humanité. Et ce qui est bon pour le Serviteur de Dieu, pour son Élu, est bien vu de Lui. Si l’Église est fidèle, ce qui est bon pour elle est bon pour le Plan de Dieu. Soyez donc des fils efficaces de l’Église. Que votre foi soit active, que votre charité se donne de la peine, que votre espérance tienne bon, comme le dit saint Paul dans la deuxième lecture.

Le dimanche matin, le Christ ressuscité montrant ses plaies nous dit : « J’ai gagné, je suis vainqueur ! Allez, de toutes les nations faites des disciples ! » Alors, allons, prenons la responsabilité de l’Histoire.