Dimanche 15 juin2003 - La Sainte Trinité

Vous êtes dans le secret des nominations ?

Deutéronome 4,32-34.39-40 - Romains 8,14-17 - Matthieu 28,16-20
dimanche 15 juin 2003.
 

Vous êtes dans le secret des nominations ?

Vous êtes donc proches du pouvoir.

Vous savez qui va prendre tel poste, vous le connaissez, et cela vous intéresse passionnément.

Les ambitions et les illusions, l’amertume et l’ivresse, la joie et la fierté ou le chagrin et la pitié tournent la tête de ceux qui sont au parfum et de ceux qui le voudraient bien.

Les autres n’en ont cure. Pour qui en est loin, la personne et la fonction ne font qu’un.

Par exemple, pour vous, jeunes gens qui allez faire votre profession de foi, le pape c’est Jean-Paul II. Karol Wojtyla a été élevé à cette charge suprême bien avant votre naissance, et il pourrait sembler devoir y rester toujours. Mais c’est peu probable. Un jour il mourra, et Dieu qui nous l’a donné nous en donnera un autre.

La mort, à vrai dire, est la cause principale du ballet des nominations et de la valse des titulaires.

Seul Dieu est éternel.

Il l’est par définition. C’est un vocable que l’homme emploie pour dire cet Inconnu qui demeurerait ailleurs à jamais, car tout ce qu’il connaît en ce monde change et passe. Dieu reste donc à l’homme comme un mot vide, un poste vacant.

Mais, inlassablement, les mortels s’essayent à faire des nominations à ce poste. Des objets de bois, de pierre ou de métal sont bombardés dieux, des êtres de chair et de sang aussi, animaux ou humains. Quelle dérision.

Faut-il que nous soyons tourmentés par le désir de voir cet Autre suprême pour mettre à sa place ce qui est infiniment au-dessous de lui ! Car Dieu est plus grand que tout ce qui peut être pensé. C’est pourquoi nos idées aussi ne sont que des idoles quand nous les prenons pour Dieu.

La "Trinité" est un concept, un instrument forgé sinon de nos mains, du moins de nos raisonnements. Il faut l’utiliser pour dire la foi, mais non nous laisser fasciner par son allure pénétrante.

Entendez d’abord que Jésus a été nommé Dieu ! Cet homme, qui est mort sur la croix s’est offert, pour le pardon de nos péchés et le salut du monde, en sacrifice à Dieu qui, l’ayant agréé, l’a ressuscité et élevé à sa droite. C’est ainsi qu’il "a été fait Christ et Seigneur" et que "Dieu lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom". Voilà ce que nous avons célébré à Pâques et à l’Ascension.

Dans la pleine lumière de la Révélation, nous comprenons que ce Jésus, cet homme, n’a ainsi accompli la rédemption universelle que parce qu’il est le propre Fils de Dieu incarné, le Verbe éternel fait chair. Nous découvrons alors que Dieu est Père et Fils. Mais cette découverte ne peut être le résultat de nos propres constructions intellectuelles, elle est le don de Dieu par la puissance de l’Esprit Saint. Lui seul, qui est Dieu, accomplit pour nous la Révélation de Dieu. C’est ce que nous avons célébré dimanche dernier, à la Pentecôte.

Ainsi, la découverte dans la foi que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, est le seul chemin pour découvrir que Dieu est Père, Fils et Saint-Esprit. Il n’y a de foi chrétienne en Jésus que trinitaire, et il n’y a de foi trinitaire chrétienne que dans la confession de Jésus Christ Fils de Dieu sauveur.

Si vous ne connaissez pas Jésus, vous ne pouvez pas croire en lui. Si vous restez loin de lui, vous êtes de ceux qui n’en ont cure et n’y comprennent rien. L’ignorance, qui relève de notre faiblesse humaine, et l’incrédulité, qui est un péché, vous maintiennent loin de la foi et du salut.

Voyez les Apôtres, dans l’évangile que nous avons entendu. Au moment où Jésus s’apprête à les quitter pour le ciel, en les assurant de sa présence maintenue auprès d’eux, ils se prosternent devant lui : ce geste est le signe de leur foi en la divinité de celui "à qui tout pouvoir a été donné au ciel et sur la terre". Mais, dit l’évangéliste, "certains eurent des doutes" ! En fait, le texte grec ainsi traduit est ambigu : le verbe utilisé peut vouloir dire "douter", mais il signifie d’abord "hésiter". Douter, au sens de manquer de confiance en Dieu, est un péché. Tandis que même le Seigneur Jésus, qui n’a jamais péché, a hésité sur le chemin à prendre, en particulier la veille de sa Passion.

La foi chrétienne est un chemin ecclésial, scandé par la messe dominicale et la célébration des autres sacrements. C’est un chemin d’enseignement et de conversion, marqué par le pardon des péchés qui nous relève et nous relance à chaque fois. Sur ce chemin, il y a des hauts et des bas, des chutes et des relèvements. Mais ceux qui le prennent sont déjà unis en celui qui les attend au bout du voyage.

Prenez-le, mes amis, et vous serez déjà tout proches du Dieu Tout-Puissant.

Prenons-le, et nous serons dans le secret des nominations de Dieu pour l’éternité.