Dimanche 13 novembre 2011 - Trente-troisième dimanche A

Le pommier fait des pommes. Et vous ?

Proverbes 31,10-13.19-20.30—31 - Psaume 127,1-6 - 1 Thessaloniciens 5,1-6 - Matthieu 25,14-30
dimanche 13 novembre 2011.
 

Que faites-vous de beau ? D’utile ? Je ne dis pas de productif seulement : un volcan qui produit projette des bombes et de la cendre dans l’atmosphère, il crache de la lave, mais est-ce bien utile ? Utile suppose : à quelqu’un, à quelque chose. C’est pourquoi cela nous rend heureux.

Voyez la merveilleuse « femme vaillante » de la première lecture : le bonheur qu’elle procure à son mari, à ses enfants et à toute sa maison ne fait-il pas aussi le sien ? À l’inverse, comme elles sont tristes, ces dames naguère si nécessaires qui se plaignent de « ne plus servir à rien ». Les enfants nous le montrent bien : en bonne santé, ils ne cessent de s’activer avec détermination, au point, parfois, de nous fatiguer.

En bonne santé, oui, car, vraiment, ce qui brise nos élans est d’ordre pathologique. Les maladies et la vieillesse invalidante, bien sûr, mais aussi les désordres de l’âme. De ces derniers, le mauvais serviteur de la parabole est l’illustration presque caricaturale. Il invoque la peur : mais s’il avait craint le maître pour de bon, il n’aurait pas pris le risque de l’indisposer. D’ailleurs, il le défie avec insolence en lui jetant quasiment son talent à la figure. De plus, il l’accuse de ramasser où il n’a pas répandu, ce qui est un gros mensonge, puisque c’est lui qui a donné les talents. Le serviteur paresseux ne craint pas la contradiction dans son attitude ! Ajoutons que le maître ne ramasse même pas, puisqu’il fait donner le talent rendu « à celui qui en a déjà dix ».

Si la vie est faite pour fructifier, comme le pommier donne des pommes et la vache des veaux, comment se fait-il que nous autres humains soyons embarrassés par la peur, la paresse et le mensonge ? C’est que, comme dit saint Paul, « la nuit et les ténèbres » s’opposent au jour et à la lumière où l’on peut travailler et se rendre utile. Il s’agit, bien sûr, des forces du mal, ennemies de Dieu et des hommes, donc de toute vie et de tout bien. C’est le mauvais qui nous égare, lui qui nous souffle que Dieu est un maître dur, injuste et égoïste, nous empêchant d’accueillir la vie comme un don merveilleux et de la vivre de bon cœur pour qu’elle produise encore plus de vie et de bonheur.

Et nous qui sommes « fils de lumière », comment se fait-il que nous ne soyons parfois pas plus heureux de vivre et généreux dans l’effort que les hommes qui n’ont pas d’espérance ? Le pire, mes amis, est que nous sommes tentés de falsifier cette espérance, précisément, de la retourner contre la vie en disant : « Ce monde est pourri, il ne vaut pas la peine, le paradis seul m’intéresse » ; et donc : « Vivement la mort, puisqu’elle nous débarrassera de cette vie sans valeur ! »

C’est pour conjurer cette tentation terrible que le Seigneur nous conte cette parabole en « parlant de sa venue », c’est-à-dire de la perspective de la fin de ce monde et de l’établissement en lui du monde nouveau. Notre attente de ce Jour doit nous faire estimer cette vie d’ici-bas mieux que les autres hommes au lieu de nous en détourner !

Les motifs de nous laisser dégoûter de l’existence ordinaire sont nombreux. Nous pouvons avoir peur, certes : peur de l’échec, du regard des autres, des épreuves, des déceptions. Nous pouvons être affectés dans notre vitalité, nous l’avons dit, par toutes sortes de drames ou de misères physiques et morales. Nous sommes souvent égarés par les mensonges de ce monde : idéologies trompeuses, espoirs fallacieux, haines et rivalités hypocrites, doutes sur la bonté de Dieu. Mais si nous sommes fils de lumière, nous devons lutter contre ces suggestions du malin, pour nous-mêmes et pour nos frères humains.

Ne soyons dons pas des êtres de mépris et de jugement, détenteurs arrogants de notre foi et de notre baptême comme d’un trésor dont nous n’usons pas mais dont nous prétendons qu’il justifie notre dédain de la vie du monde. De tels « chrétiens » seraient de faux témoins de Dieu, ils le défigureraient comme le mauvais serviteur de la parabole et se donneraient raison de le faire en se vouant eux-mêmes à l’enfer.

Soyons plutôt fidèles à la grâce : devenons des êtres de miséricorde et de salut, rassurant ceux qui ont peur, relevant les faibles et les tombés, remettant les paresseux et les égarés dans le bon sens de la vie. Alors nous porterons beau témoignage de la venue du Seigneur, lui qui est venu pour pardonner et guérir et qui viendra à la fin des temps pour couronner ses dons de merveilleuse façon. Voilà comment nous serons heureux de vivre, car « C’est un bonheur durable et profond de servir constamment le Créateur de tout bien », ainsi que nous l’avons prié au début de la messe.

Voilà comment nous serons utiles au monde en lui montrant le Christ qui donne la vie aux hommes, et la vie en abondance.