Dimanche 20 novembre 2011 - Le Christ Roi A

La plus grosse bêtise de Freud, peut-être, c’est sa théorie du rêve.

34,11-12.15-17 - Psaume 22,1-6 - 1 Corinthiens 15,20-26.28 - Matthieu 25,31-46
dimanche 20 novembre 2011.
 

La plus grosse bêtise de Freud, peut-être, c’est sa théorie du rêve. Selon lui, il s’agit toujours d’un désir qui se réalise fantasmatiquement, tant bien que mal. Or, il semble que les motifs habituels de nos songes soient bien plutôt de l’ordre de l’angoisse et de l’inquiétude. Le remords, en particulier, nous poursuit jusque dans la nuit et nous rattrape en plein sommeil. La Lady Macbeth de Shakespeare en témoigne, fascinée dans ses tourments somnambules par la « maudite tache », ce sang du crime commis naguère qui souille ses mains et que tous les océans ne pourraient laver.

Nous voudrions tant, parfois, que soient effacés les actes que nous regrettons amèrement. Peut-être est-ce là le plus grand désir de l’homme, après celui d’aimer et d’être aimé, que de se voir blanchi et justifié de ses fautes passées ; ce qui donnerait de nouveau raison à Freud, d’ailleurs, mais qu’importe ! Ce qui compte, c’est l’intuition universelle, présente dans toutes les traditions, qu’il y aura un jugement. L’Écriture sainte, en tout cas, l’atteste de part en part, les textes d’aujourd’hui en particulier. Et nous voudrions bien paraître, au sortir du sommeil de la mort, dignes du sort des bienheureux plutôt que d’un châtiment éternel.

Or, lorsque vient le moment fatidique, surprise ! On ne leur reproche pas ce qu’ils ont fait, mais ce qu’ils n’ont pas fait. Voilà qui est effrayant, mes amis. Car, pour ce qui est de nos erreurs et de nos méfaits, nous pouvons toujours plaider : ce n’était pas moi, ce n’était pas ma faute, je ne l’ai pas fait exprès... Nous pouvons toujours protester : je n’ai pas tué, je n’ai pas volé, je ne vois personne, que pourrais-je faire de mal ? Bref, je n’ai rien fait. Mais justement : voilà qu’il nous est demandé compte de tout ce que nous n’avons pas fait ! En vérité, je ne vois pas qui de nous pourrait s’en tirer à ce tribunal.

À ce point, nous pourrions être tentés de sombrer dans le désespoir. Or, c’est justement là que doit se produire le renversement. Renonçant tout à fait à nous justifier nous-mêmes, nous sommes renvoyés à la question de savoir si nous croyons pour de bon ou non au salut en Jésus Christ. N’a-t-il pas donné sa vie sur la croix pour chacun de nous, et non sans nécessité ? Nous le célébrons comme Roi de l’univers, celui qui en sera aussi le Juge. Mais, s’il est Roi, n’est-ce pas avec le pouvoir de faire grâce ? Il peut nous faire échapper au jugement, celui qui a le pouvoir de nous juger. Voilà notre seul espoir d’être justifiés à la fin : croire à ce Roi qui peut nous gracier, dans sa miséricorde pour les pécheurs que nous sommes.

En effet, nous avons vraiment mérité de nous retrouver du côté des damnés, simplement par tous nos manques d’amour, à cause de l’orgueil et de l’égoïsme qui nous traversent toujours. Mais nous comptons sur le Fils de l’homme pour effacer, son Jour venu, tout ce qui nous fait pencher vers cet abîme, et qu’il choisisse de ne voir en nous que les actes bons que nous aurons accomplis grâce à lui. Activons-nous donc dès maintenant pour lui donner raison le plus possible au moment fatidique ! Faisons de toutes nos forces le bien que nous pouvons faire à nos frères en les aimant en actes et en vérité, puisque c’est cela qui plaît au Père de notre Seigneur Jésus Christ.

Ce ne sont pas les occasions qui manquent vous le savez, hélas, dirai-je. D’ailleurs, mes amis, il n’y a pas que les besoins du corps. Songez à ceux qui ont faim d’affection ou soif de considération. Aux maladroits et aux malchanceux qui sont nus sous la grêle des moqueries et des sarcasmes, et qu’il vaudrait mieux couvrir du manteau de Noé. À tous ceux qui souffrent de pathologies ou d’enfermements de l’âme et à qui nous pouvons prodiguer encouragements et consolations. Faisons-le avec ardeur, puisque le Christ est mort pour eux comme pour nous !

Vraiment, mes frères, notre plus grosse bêtise serait d’oublier l’essentiel de ce qui nous a été révélé et confié comme un trésor pour l’humanité tout entière : le désir de Dieu que nous soyons tous sauvés.