Dimanche 4 décembre 2011 - 2e dimanche de l’Avent B

Tu ne sais pas ce qui vient de m’arriver ?

Isaïe 40,1-5.9-11 - Psaume 84,9-14 - 2 Pierre 3,8-14 - Marc 1,1-8
lundi 5 décembre 2011.
 

Tu ne sais pas ce qui vient de m’arriver ? Non, bien sûr, comment le saurais-je ? En fait, cette question purement rhétorique n’appelle pas d’autre réponse que : « Non, raconte ! » La suite n’est pas forcément aussi palpitante que l’annonce. Cela dépend de l’intérêt de l’aventure, mais aussi des relations qu’on entretient. Plus on se connaît, plus on a de choses à se dire. Si la petite Manon vient de découvrir la neige, ou la lune, ou la girafe, elle le dit aussitôt à sa maman qui le dit à la sienne qui lui répond au téléphone : « Cela me rappelle toi, etcetera. »

Les gens qui s’aiment s’émerveillent de tout ce qui leur arrive. S’émerveillent ou se lamentent : la vie n’est pas que rose, les occasions ne manquent pas de se prodiguer plutôt du réconfort et des consolations que des congratulations.

Au cours de l’histoire amoureuse de Dieu avec son peuple, les épanchements sont incessants, l’Écriture en témoigne. Que de cris de joie ou de douleur, d’action de grâce ou d’appel au secours sont lancés vers le ciel par les psaumes et les prophètes. Non sans que Dieu réponde. « Prophète », en effet, signifie littéralement : « qui parle pour ». Pour Dieu évidemment. Celui qui est choisi pour recevoir la Parole a mission de la faire connaître aux rois, à Israël ou aux nations, il dit ce que Dieu dit : « Parole du Seigneur ! »

Croyez-vous que ce temps soit fini ? Certes, Jean-Baptiste est venu, dernier des prophètes, pour annoncer l’accomplissement de toutes les promesses en la personne de Jésus. Mais, justement, n’avons-nous pas été baptisés dans l’eau et dans l’Esprit ? Dans la mort et la résurrection du Seigneur en sorte que nous devenions en lui prêtre, prophète et roi ? Oui nous sommes un peuple prophète : ne voyons-nous pas les signes des temps et les manières nouvelles dont le Christ vient au monde aujourd’hui, ne l’entendons-nous pas qui nous enjoint de les proclamer maintenant à la face du monde ? « Commencement de l’évangile de Jésus Christ » : cette parole s’accomplit aujourd’hui.

Ne voyons-nous pas son pardon couvrir nos fautes comme une neige miséricordieuse étendant la blancheur de son manteau de Noé sur la noirceur de nos péchés ? Ne comprenons-nous pas que sa patience veille au long de nos nuits les plus sombres comme la lune d’en haut luit sur ceux qui la regardent et sur ceux, bien plus nombreux, qui ne la voient même pas ? Ne savons-nous pas combien il aime la multitude des vivants et la bénit, comme il a béni le flot des hommes et des animaux, du souriceau à la girafe, s’épandant hors de l’Arche sur le sol fertile qui lui était rendu pour toujours ?

Celui qui est venu dans l’humilité de la crèche et qui viendra dans la gloire au bout du long chemin des hommes vient en ce temps, déjà, pour récolter le fruit de sa victoire et hâter la fin de toute souffrance. La pierre de touche de notre espérance pour la fin du monde est notre capacité à reconnaître sa réalisation anticipée dans nos vies et dans l’histoire maintenant. C’est pourquoi la deuxième lettre de Pierre dit : « Voyez quels hommes vous devez être, dans de saintes et pieuses dispositions, attendant et hâtant (ce que la traduction liturgique, ici trop timorée, rend par : « vous qui attendez avec tant d’impatience ») la venue du jour de Dieu ! » Oui, nous hâtons avec lui sa venue lorsque nous croyons que le Christ vient et que nous vivons en conséquence.

C’est à nous, Église comblée de l’Esprit Saint, de voir ce qui arrive au monde quand le Seigneur y vient, et de le lui faire savoir. Amen.