Dimanche 11 décembre 2011 - 3e dimanche de l’Avent B - Entrée en catéchuménat de quatre adultes

Seul, je ne serais pas - Qui me donne ne me perd pas - Au contraire il s’en accroît - Qui suis-je ?

Isaïe 61,1-2a.10-11 - Cantique Luc 1,46-50.53-54 - 1 Thessaloniciens 5,16-24 - Jean 1,6-8.19-28
dimanche 11 décembre 2011.
 

La réponse est devant vous : cette flamme, la « lumière de Bethléem », est un feu qui s’est transmis de lampe en lampe. Il n’est pas de feu sans, par exemple, un bois pour brûler. Et le bois allume un autre bois sans cesser de brûler, bien au contraire, ils ne brûlent que mieux de brûler à deux.

Mais l’énigme n’a pas qu’une clef. La vie, aussi, est le souffle d’un vivant qui, de donner la vie, ne la perd pas, bien au contraire. Et la foi évidemment, chers amis catéchumènes, n’est pas sans celui qui croit, se transmet comme un feu de vie éternelle, et grandit en tous quand elle accueillie par chacun. Ou encore l’amour : pas d’amour sans quelqu’un pour aimer, et dont l’amour s’accroît de l’allumer chez l’aimé pour mieux brûler à deux. Et la joie, bien sûr, ce pétillement de l’être si communicatif et qui s’augmente d’être partagé.

Bon, n’avez-vous pas une autre idée ? L’évangile ne nous en suggère-t-il pas une dernière par-delà le feu, la vie, la foi, l’amour et la joie ? La clef des clefs, en somme ? Vous savez les premiers mots du Prologue de Saint-Jean dont est tiré le passage que nous venons d’entendre : « Au commencement était le Verbe ». Le Fils éternel de Dieu est ainsi appelé avant tout la Parole. Mais la Parole n’est pas sans le Père qui l’engendre et à qui elle se donne en action de grâce, en sorte qu’ils sont Amour infini dans la communion de l’Esprit. De même, pour nous qui sommes créés à l’image de Dieu, la parole est ce qui n’existe pas sans quelqu’un pour parler, et elle se transmet comme on transmet la vie : le petit d’homme apprend à parler parce qu’on lui parle. Ainsi la parole nous est commune et surabonde en nous d’être partagée.

Il est en particulier dans la bouche des hommes une parole non simplement humaine : celle des prophètes. « Prophète » signifie littéralement : « Qui parle pour ». Pour Dieu, bien sûr. Si l’on voit en Jean Élie ou le grand prophète, comme on le fera pour Jésus, ce n’est pas pure étourderie. Jean, en effet, est le dernier des prophètes et le plus grand : il est l’ultime témoin et relayeur de la flamme, de la lumière de la Révélation qui annonce et désigne le Messie, l’Envoyé, l’Élu de Dieu en qui le Père trouve toute satisfaction, son Fils Jésus.

Jean est ainsi le chaînon unique par lequel passe le témoignage de la foi après lui : « afin que tous croient par lui ». Quelle affirmation étonnante ! Pourtant, selon le vieil adage du Droit romain, « Testis unus, testis nullus » : un seul témoin, c’est comme pas de témoin. En fait, Jean n’est pas seul dans son témoignage, pas plus qu’aucun prophète : l’Esprit Saint témoigne en lui, et le Verbe s’unit à lui pour ce témoignage. Ce qui n’enlève rien à Jean, bien au contraire.

De même, à l’imitation du précédent adage, les Pères en ont forgé un autre : « Christianus unus, christianus nullus » ; c’est-à-dire : un chrétien tout seul c’est comme pas de chrétien du tout. Or, il peut nous arriver de nous retrouver apparemment seul dans le témoignage, ou encore, comme Jean-Baptiste, en situation de constituer le passage obligé pour la transmission de la foi vers de nombreux frères humains. Mais si nous ne prétendons pas nous faire et nous grandir nous-mêmes, si nous nous recevons tout entiers du Christ lui-même, nous ne sommes pas seuls. Si nous renonçons à nous-mêmes comme lui « qui s’est anéanti », il nous donne sa condition de Fils sans la perdre, il la partage avec nous en sorte que nous la vivons de plus belle ensemble. C’est ainsi qu’il « nous rend capables de devenir enfants de Dieu », comme il est écrit dans le Prologue.

Le Christ, le Verbe fait chair, est lui-même celui qui ne se perd pas en se donnant, mais offre à chacun de nous de devenir ce qu’il est par son baptême dans sa mort et sa résurrection, à la gloire de son Père. Voilà ce que vous demandez, chers amis catéchumènes, et ce que nous espérons pour vous comme pour nous. En ce dimanche de Gaudete, nous voyons déjà poindre à l’horizon la lumière de la Nativité. Cette lumière est du même feu que celle de Pâques, dans laquelle vous serez baptisés. Accueillez maintenant la Parole éternelle de Dieu, le Christ Jésus qui vient dans le monde. Avec lui vous recevrez tout : le feu de l’Esprit, la vie, la foi, l’amour et la joie, pour toujours.