Dimanche 25 décembre 2011 - Jour de Noël

Un détail de l’Histoire

Isaïe 52,7-10 - Psaume 97,1-6 - Hébreux 1,1-6 - Jean 1,1-18
dimanche 25 décembre 2011.
 

"Un détail de l’histoire". À quoi pensez-vous ? Sans doute à un usage de cette expression qui avait fait du bruit en son temps. Bien sûr, il s’agissait de jouer sur les mots. Un détail est une petite partie d’un tout. Mais quand on dit « C’est un détail », on entend par là que cette petite partie est négligeable, qu’on pourrait l’effacer sans rien perdre d’important.

Par exemple, l’enfant Jésus, au sens strict, est un détail de la crèche, une toute petite partie d’un vaste ensemble. Vous le voyez, les silhouettes qui envahissent la nef cette année signifient que nous sommes tous dans la crèche. Alors, ce petit Jésus qu’on n’aperçoit qu’en ombre chinoise dans sa tente Quechua pèse peu sur le total. De même, vous avez peut-être chez vous une crèche imposante. Certains la développent au fil des ans jusqu’à construire une scène rassemblant des centaines de santons dans un décor qui finit par remplir une pièce entière. Qu’est-ce qu’un bébé langé sur sa paille au milieu de cet immense déploiement ! Et pourtant, si vous enlevez le petit Jésus, que reste-t-il à adorer de tout ce fatras ?

Telle est bien pourtant la réalité de Noël : le Fils de Dieu a choisi de se faire presque rien, un nouveau-né dans un coin perdu de la planète, un détail infime du monde Romain sous Auguste. D’autres ont compté dans l’histoire avant lui : Alexandre le Grand, par exemple, qui remodela la face du monde au quatrième siècle avant lui. Ou encore le précepteur du futur conquérant, Aristote, dont la pensée et les écrits ont marqué de façon décisive la philosophie de toujours. Mais lui s’est fait si fragile qu’on a pensé pouvoir sans problème l’effacer du tableau en le clouant sur la croix. En effet, mes amis, ce supplice n’était pas seulement une torture effroyable, mais aussi une humiliation extrême du condamné, une façon de l’anéantir autant que possible. Pendant deux siècles, les chrétiens ont évité toute représentation de la croix du Christ.

Or, c’est justement là le signe et la réalité de Noël : Dieu a pris la place de tous les négligeables de l’histoire, ceux dont l’existence n’a pas d’importance aux yeux des hommes. Pensez, bien sûr, à ces personnes de la rue qu’évoque notre crèche d’aujourd’hui : les mal peignés, mal vêtus, mal lavés et souvent mal embouchés dont la présence importune semble peu nécessaire. Mais il en est bien d’autres dont, d’ordinaire ou à l’occasion, nous préférerions nous passer.

Des populations entières furent même, en certains moments de l’histoire, considérées comme si indésirables par leurs contemporains qu’ils entreprirent de les éliminer purement et simplement. En particulier, le peuple que Dieu a choisi, et dont Jésus est le Messie, connut ce sort maintes fois au cours des millénaires de son existence, la dernière étant la plus stupéfiante, lorsque six millions de ses membres furent exterminés comme des nuisibles par les Nazis. Aucun aspect de la façon dont ils furent traités ne saurait être considéré comme un détail négligeable.

Pour eux et pour tous ceux que, comme eux, une entreprise diabolique a voulu effacer de la terre, Dieu s’est fait cet homme venu dans le monde que les siens n’ont pas reçu. En relevant le Fils d’entre les morts, en l’établissant plus haut que tout, le Père nous révèle que chacun compte pour lui, infiniment, et qu’aucun ne sera oublié de lui, quand bien même le monde entier l’aurait rejeté.

Dieu s’est fait un détail de notre histoire pour que rien ne puisse effacer un enfant des hommes, fût-il le dernier des derniers, de son amour.