Dimanche 1er janvier 2012 - Sainte Marie Mère de Dieu

Un test infaillible

Nombres 6,22-27 - Psaume 66 - Galates 4,4-7 - Luc 2,16-21
dimanche 1er janvier 2012.
 

On aimerait disposer d’un tel instrument dans certaines circonstances de grande peur ou de grande espérance. Par exemple : suis-je enceinte, ou infectée, ou les deux ?

Et un test infaillible de catholicité, en voulez-vous un ? Les savants décrivent volontiers les religions comme des systèmes de mythes et de rites destinés à frapper l’imagination. Or, voyez-vous, voici un test infaillible : si c’est fait pour frapper l’imagination, ce n’est pas catholique. Pourquoi frapper, en effet, sinon pour étourdir et captiver ? Certes, les cultures proposent force images et récits peuplés d’êtres monstrueux et stupéfiants. Rien de tel ici. Regardez : un homme, une femme et un petit bébé ; des bergers avec leurs moutons. Et si les étoiles et les chants célestes s’en mêlent, ils sont bien là pour toucher l’imagination, mais non pour la frapper. Loin de vouloir l’étourdir ou la captiver, ils entendent la stimuler et la libérer. Comme le dit saint Paul aujourd’hui, parce que Dieu a envoyé son Fils naître d’une femme, tu n’es plus esclave, mais fils. Et la messe n’est rien autre qu’une réunion de famille autour de celui qui donne sa vie pour faire de nous ses frères.

En revanche, le « muthos », la parole de la Révélation, est bien de nature à frapper la raison. Mais pour la guérir, et non pour l’abattre. La raison, en effet, est infectée la première par le péché qui est orgueil par essence. Le pape Benoît XVI, à la suite de Jean-Paul II, y insiste : c’est en tant que la nature humaine est raisonnable, rationnelle, qu’elle est créée à l’image de Dieu. La faculté de raison se trouve donc évidemment le lieu par excellence de la tentation : que je suis intelligent, se dit tout enfant des hommes, si confus ou inculte qu’il soit.

Le mystère chrétien vient frapper la raison dans son incapacité à le saisir. Pensez : « Marie, Mère de Dieu », quelle expression insoutenable, quelle contradiction dans les termes ! Ce n’est pas seulement auprès de ceux de l’extérieur que cet énoncé semble outrager l’entendement, mais aussi dans l’Église : beaucoup de beaux esprits chrétiens ont résisté, ou résistent encore, à une telle formulation. Et pourtant, elle ne fait que reprendre, sous l’aspect de sa mère, le mystère essentiel de Jésus Christ, vrai Dieu et vrai homme. Et voici un deuxième test infaillible, complémentaire du premier, de la catholicité : si c’est une façon authentique de dire le mystère du Christ, c’est catholique. Là, en effet, était toute l’intention des Pères conciliaires qui tranchèrent en l’an 431 à Éphèse : puisque Jésus, avec ses deux natures, la divine et l’humaine, est une seule personne, la personne divine du Fils de Dieu, Marie, sa mère, est bien la Mère de Dieu.

Le mystère du Christ reste pour notre raison une croix devant laquelle nous ne pouvons que renâcler. Si nous avons l’impression que la foi est pour nous facile et évidente, ce n’est pas la foi catholique. Notre raison ne saurait parer le coup, elle ne peut que se dérober. Mais elle est frappée précisément dans son arrogance, sa prétention à fonder son assurance en elle-même, alors qu’elle demeure faillible et dépendante. C’est pourquoi, si elle l’accepte, ce coup lui devient salutaire. Délivrée de l’infatuation mensongère que lui inspirait le diable, elle devient libre de s’exercer en toute légitimité.

Le coup qui frappe la raison humaine en recevant le mystère dans la foi est bien un coup de grâce. Non un coup qui l’achève, mais une guérison miraculeuse de l’infection originelle qui la condamnait à s’enfermer dans le déni de sa fragilité et de sa relativité. Miraculeuse est bien cette guérison : personne, en effet, ne peut consentir par la foi au mystère du Christ sans l’action souveraine de l’Esprit Saint, celui-là même de qui Jésus a été conçu dans le sein de la Vierge Marie, Mère de Dieu. Elle qui n’eut besoin d’aucun savant pour apprendre qu’elle allait enfanter, ni d’aucune aide humaine pour y consentir librement, puisqu’elle avait le privilège de n’être pas infectée par le péché au pouvoir duquel nous étions tombés, et dont son Fils allait nous sauver.

Voilà ce qui fait notre joie, ce test infaillible de la foi accueillie librement. Puisse cette joie demeurer la lumière de la Nativité que nous ferons rayonner autour de nous tout au long de cette nouvelle année de grâce, afin d’y éveiller une espérance plus forte que toutes les peurs et les arrogances du monde.