Dimanche 8 janvier 2012 - Épiphanie du Seigneur

Le soleil a rendez-vous avec la lune

Isaïe 60,1-6 - Psaume 71,1-2.7-8.10-13 - Éphésiens 3,2-3.5-6 - Matthieu 2,1-12
dimanche 8 janvier 2012.
 

Vous avez sans doute lu ce début de la chanson de Charles Trenet, fredonné par le Capitaine Haddock dans « Tintin et le Temple du soleil », quand nos héros vont échapper au pire grâce à la lecture d’un journal qui annonçait une éclipse tombant à point nommé. Mais connaissez-vous la suite ?

« Le soleil a rendez-vous avec la lune, mais la lune n’est pas là, le soleil l’attend. La lune est là, la lune est là, mais le soleil ne la voit pas. Pour la trouver il faut la nuit, mais le soleil ne le sait pas et toujours luit. » C’est un peu le problème aujourd’hui où nous fêtons l’Épiphanie. Le mot, « Parution sur (la terre) » littéralement en grec, signifie que le Seigneur s’est rendu visible dans le monde. Or, non seulement les païens continuent à ne pas le voir, mais même les chrétiens semblent l’apercevoir de moins en moins.

Pourquoi ? Parce qu’il s’est manifesté dans un renversement incroyable qui ne cesse pas d’être troublant pour nous. Dieu est comparable au soleil. Un Psaume, en particulier, le dit d’une manière tellement frappante qu’on l’aurait bien choisi pour aujourd’hui : « Là se trouve la demeure du soleil : tel un époux, il paraît hors de sa tente ». Aucun rapport avec la tente Quechua dans laquelle se cache la crèche de cette année... ou au contraire justement si. Le Psaume 18 continue : « il s’élance en conquérant joyeux. Il paraît où commence le ciel, il s’en va jusqu’où le ciel s’achève : rien n’échappe à son ardeur. »

L’humanité, en revanche, ressemble à la lune, qui ne possède aucun éclat propre, mais tire sa lumière du soleil qu’elle reflète. La Vierge Marie elle-même a ainsi souvent été comparée à la lune. Or, en choisissant l’Incarnation pour se manifester, le Fils de Dieu voile sa divinité sous l’opacité de l’humanité : il « a voulu habiter l’obscurité », s’exclame Salomon au Livre des Rois. C’est pourquoi sa venue demeure inaperçue, sinon aux bergers et à ces quelques mages que l’évangile évoque aujourd’hui et que l’on ne voit même pas auprès de notre crèche. Seuls trois Apôtres privilégiés auront la vision du Seigneur dans sa gloire, « brillant comme le soleil », au jour de la Transfiguration qui les préparait à surmonter la terrible défiguration de la Passion toute proche.

Pour nous, le régime de la rencontre du Seigneur n’a pas changé depuis les temps apostoliques. Si lui a choisi l’humilité de l’obscure condition humaine, c’était pour nous sauver de l’orgueil du premier péché : nous nous prenons nous-mêmes pour le soleil, nous croyons à la toute puissance de notre raison qui nous fait douter de Dieu. Le faux éclat dont nous brillons nous masque la présence du Christ dans ce qui est humble, pauvre, fragile, faillible, et même pécheur : « La lune est là, mais le soleil ne la voit pas. Pour la trouver il faut la nuit, mais le soleil ne le sait pas et toujours luit. » Si nous ne renonçons pas à briller par nous-mêmes, nous ne pouvons pas voir et aller où le Seigneur nous attend.

Ne le cherchons donc pas dans les lieux invraisemblables que l’imagination ou la prétention des hommes lui assignent. Découvrons-le plutôt sur tous nos chemins d’humanité, puisqu’il lui a plu de l’habiter désormais toujours et en tout lieu. Les mages guidés par une étoile ont pour prédécesseur biblique le prophète païen Balaam, lui aussi appelé depuis l’Orient à contempler la beauté d’Israël, le peuple dont le Seigneur habitait la prière. Sous la motion de l’Esprit, il voyait déjà monter l’étoile à venir, le descendant de Jacob dont le pouvoir s’étendrait sur l’univers. Cet astre, c’est Jésus, que tous les hommes, de L’Orient et de l’Occident, du Nord et du Sud, sont appelés à reconnaître jusque sur la croix où il s’est laissé clouer pour nous sauver.

Le soleil, nul ne peut le regarder en face. Mais lors d’une éclipse, quand la lune le voile de toute sa surface, nous pouvons contempler sa couronne de feu. Ainsi le Fils de Dieu s’est éclipsé en prenant notre chair et notre vie de souffrance jusqu’à la mort pour que nous puissions découvrir sa face de miséricorde. C’est de cette manière qu’il s’offre au monde, maintenant et jusqu’au jour de sa venue où tous les hommes le verront dans sa gloire de Ressuscité, pour honorer déjà tous ses rendez-vous d’amour avec nous.