Dimanche 15 janvier 2012 - Deuxième Dimanche B - Baptême de deux petits enfants : Timothée et Bénédicte

On veut bien confier ses enfants, mais pas trop. Pas trop souvent, pas trop longtemps. Et pas trop bien.

1 Samuel 3,3b-10.19 - Psaume 39,2.4.7-11 - 1 Corinthiens 6,13b-15a.17-20 - Jean 1,35-42
dimanche 15 janvier 2012.
 

Ce serait trop bien, en effet, si les enfants s’attachaient à ceux qui les gardent plus qu’à leurs parents qui se sentiraient alors dépossédés.

Dans la première lecture, nous avons entendu l’épisode savoureux de l’appel du petit Samuel. Mais pourquoi cet enfant se trouvait-il habiter le sanctuaire du Seigneur sous la garde du vieux prêtre Éli plutôt que dans sa famille ? Parce que sa mère, Anne, avait prié de toute son âme pour le demander à Dieu : « Si tu veux bien mettre fin à ma honte aux yeux des hommes en me donnant un fils, moi je te le donnerai, il restera consacré à ton service toute sa vie. » Anne fut entendue et exaucée, et elle accomplit son voeu en « livrant » Samuel à Éli.

Si c’était pour un objet ce marché serait absurde : accorde-le moi, je t’en prie, et je te le rendrai. Quel avantage ? Mais la question de la propriété et de la possession est toute différente parce qu’il s’agit d’une personne.

Beaucoup, à notre époque, revendiquent le droit pour la femme de faire ce qu’elle veut avec son corps, puisqu’il lui appartient. Ainsi, elle pourrait choisir selon son désir d’avoir ou de ne pas avoir un enfant, notamment lorsqu’il est déjà conçu. Mais si c’est une personne, son corps ne lui appartient-il pas à elle ? Et qui donc alors pourrait en disposer à sa guise ?

Pour sortir de cette contradiction, il n’est pas d’autre issue que de reconnaître le caractère inapproprié de l’affirmation que mon corps m’appartient. Mon corps est pour moi, certes, d’une façon singulière. Mais il est aussi pour l’autre. Il est pour mes parents, pour mon conjoint, pour mes enfants et même pour de nombreux autres, dans chaque cas d’une manière particulière. Mon corps est fait pour la relation avec autrui, selon la juste modalité de cette relation dans les diverses situations. La suggestion qui me fait revendiquer la propriété absolue de mon propre corps me porte aussi à convoiter le corps de l’autre pour en prendre possession. Ce mouvement de l’orgueil et de l’égoïsme est proprement le péché qui pèse sur notre humanité depuis l’origine. Il n’est pas d’autre chemin pour y échapper que le renoncement à soi-même. Seul celui qui se dépossède de lui-même peut recevoir l’autre sans vouloir s’en emparer. La vérité d’une relation humaine, surtout amoureuse, s’apprécie à la mesure de cette chasteté qui n’est autre que le plein respect de notre humanité commune.

Nous sommes confiés les uns aux autres. Les enfants à leurs parents, le conjoint au conjoint, le patient au médecin, l’ami à l’ami. Tout le bonheur de l’amour dans tous ses états est le service que l’un rend à l’autre avec autant de respect que d’ardeur, par mutuel consentement, et qui comble l’un et l’autre. La qualité de nos relations réelles est loin d’être parfaite en la matière, mais nous aspirons tous à cette perfection de l’amour qui peut se réaliser malgré toutes nos imperfections physiques ou psychiques. Et qui se signale justement au mieux dans les situations les plus difficiles.

Le propre Fils de Dieu s’est dépossédé de lui-même pour se faire semblable à nous, les hommes, marqués par toutes les misères de notre nature altérée par le péché. Son renoncement à lui-même est allé jusqu’à la croix, où son corps livré, supplicié et défiguré a consenti à la mort pour que nous trouvions la vie en communiant à lui maintenant. C’est ainsi qu’il a accompli, et qu’il accomplit toujours, le plus grand amour. Et c’est ainsi qu’il fait de nous ses disciples.

Quand vous présentez vos enfants au baptême, chers amis, vous voulez les confier au Christ et à l’Église. Pour tout le temps, car la vie chrétienne est de tous les instants, et ce n’est pas trop souvent. Pour toute la vie, car on devient chrétien pour le demeurer jusqu’à son dernier souffle et dans l’éternité, et ce n’est pas trop longtemps. Pour leur bonheur, et celui de tous ceux qui bénéficieront de leur foi, de leur espérance et de leur charité, et ce n’est pas trop bien. Ou plutôt, « ce sera trop bien » !