Dimanche 29 janvier 2012 - Quatrième Dimanche B

C’est toi que j’aime ou Connaître l’Adversaire

Deutéronome 18,15-20 - Psaume 94,1-2.6-9 - 1 Corinthiens 7,32-35 - Marc 1,21-28
dimanche 29 janvier 2012.
 

C’est toi que j’aime. Autrement, dit, ce n’est personne d’autre, en tout cas pas de la même manière. Belle déclaration, hélas, pas toujours définitive : il arrive même qu’elle se change en c’est toi que je déteste ; autrement dit, ce n’est personne d’autre, en tout cas de cette façon résolue. On connaît, entre peuples ou dans les familles, de ces « ennemis héréditaires » dont on entretient la haine parfois avec délectation. D’ailleurs, « connaître l’adversaire » est une nécessité pour mieux le combattre. Si bien que, de son côté, l’adversaire s’efforce d’avancer masqué et de brouiller les pistes.

Pourtant, mes amis, il n’y a qu’un seul véritable Ennemi pour toujours qui se manifeste dans la multiplicité des « esprits mauvais », comme celui que met en scène l’évangile d’aujourd’hui. Et cet adversaire dépasse nos capacités de le connaître. En effet, il est maître en mensonge et en dissimulation, ne cessant d’avancer masqué et de brouiller les pistes. Nous ne sommes pas de taille à l’affronter et c’est grande illusion de croire pouvoir l’étudier de manière à le combattre efficacement par nous-mêmes.

Son atout maître est le piège dans lequel il nous enferme. Quand nous péchons, nous nous mettons de son côté contre Dieu. Cédant à la tentation, nous nous sentons incapables de prier parce qu’indignes de nous tourner vers le Saint tandis que nous nous enfonçons dans l’impureté. Ainsi, nous nous privons de recourir au seul qui pourrait nous arracher au mal. Le Mauvais a beau jeu, alors, de nous suggérer : tu as peur de Dieu, n’est-ce pas, et tu as raison, car le pécheur mérite la mort. Viens donc avec moi loin de lui vivre autant que tu le peux en attendant. Il y a tout cela dans le premier cri de l’esprit impur tourmentant l’homme aujourd’hui : « Qu’y a-t-il entre toi et nous, Jésus de Nazareth ? Tu es venu pour nous perdre. Je sais qui tu es : le Saint, le Saint de Dieu. »

Étonnant, non : c’est l’esprit impur qui crie, mais c’est l’homme qui croit ce que dit le Mauvais. À l’inverse, lorsque l’esprit sort, chassé par Jésus, c’est l’homme qui pousse un grand cri comme s’il mourrait, alors que c’est le mauvais qui est vaincu tandis que l’homme est sauvé. Je vous dis que l’ennemi est expert en l’art d’embrouiller les choses ! Mais Dieu sait déjouer ses ruses.

Voyez déjà, dans la première lecture, le peuple récriminer contre Moïse : « Je ne veux plus entendre la voix du Seigneur mon Dieu, je ne veux pas mourir ! » Le peuple est bien ici sous l’influence du Mauvais. Mais que répond Dieu ? « Ils ont raison » ! En effet, ils ont raison de ne pas vouloir mourir. Et Dieu leur promet « un prophète comme Moïse », c’est-à-dire plus qu’un prophète : un intermédiaire qui fera écran entre eux et Dieu, pour ce qui est de leur terreur, mais qui sera l’intercesseur décisif laissant passer la grâce, leur obtenant le pardon et le salut, la délivrance de leurs péchés et la vie qu’ils espéraient. Moïse était le précurseur, Jésus est le réalisateur de cette promesse. Par son humanité il fait écran au châtiment qui menace le pécheur, il le prend sur lui sur la croix. En sa divinité il l’accueille et lui donne la vie éternelle par sa résurrection d’entre les morts.

Voilà pourquoi nous ne devons pas chercher à connaître l’Adversaire qui, lui, nous connaît trop bien, mais seulement le Sauveur, qui seul peut le vaincre. Il me semble que c’est le sens de l’exhortation de saint Paul dans la deuxième lecture. Cet éloge du célibat pour le Seigneur nous trouble parce qu’il paraît dévaloriser le mariage. Mais sa pointe est limpide : si les époux doivent se vouer mutuellement un amour unique en son genre, c’est le Seigneur Jésus seul que nous devons aimer comme le maître et le Sauveur de nos vies. En cela, les personnes consacrées, les religieux et les religieuses, sont un signe et un témoignage indispensables pour nous tous. Et les fidèles mariés, outre la grâce propre de leur état et de leur sacrement, doivent nous donner un exemple : ils savent tenir bon malgré les inévitables disputes de la vie commune, ils traversent les plus graves crises en se laissant relever. De même devons-nous tous nous confier au Seigneur comme à l’Époux absolument fidèle de l’Église, celui qui supportera toutes les trahisons et tous les outrages, comme il l’a fait en sa passion, pour nous racheter dans son amour.

Voyez comme il supporte ici même les pires soupçons que font peser sur lui les auditeurs. « Un enseignement nouveau » : nous pouvons trouver cela admirable, pour les auditeurs du temps, c’était plus que suspect. « Il commande aux esprits mauvais » : nous trouvons cela très fort, mais ses adversaires diront bientôt : « C’est par le diable qu’il chasse les démons ! » Et il sera crucifié comme blasphémateur et usurpateur, comme impie, lui, le Saint de Dieu ! Voyez à quel point le Mauvais a pu brouiller les pistes à son sujet. Mais Dieu l’a justifié pour qu’il soit notre justification.

Frères, en toutes circonstances et surtout, oserai-je dire, lorsque nous succombons à la tentation, tournons-nous donc vers le Christ pour lui dire, chacun de tout son coeur : « Tu m’as aimé jusqu’à donner ta vie pour moi : sauve-moi encore maintenant de mon péché, arrache-moi à l’esprit mauvais, pour que je puisse te dire à nouveau : c’est toi que j’aime ! ».