Dimanche 19 février 2012 - Septième Dimanche B

Notre civilisation a touché les quatre coins du monde, notre civilisation orientale

Isaïe 43,18-19.21-22.24c-25 - Psaume 40,2-6.11-13 - 2 Corinthiens 1,18-22 - Marc 2,1-12
dimanche 19 février 2012.
 

Pourquoi dit-on « les quatre coins du monde » ? Parce que toutes les cultures connaissent les quatre points cardinaux que leur inspirent deux grands faits de nature : l’axe magnétique nord-sud et la course du soleil d’est en ouest. C’est pourquoi le paralysé de l’évangile, « porté à quatre » dit le texte grec sans préciser quatre quoi, représente l’humanité tout entière dispersée à la surface de la terre. De même, dans sa vision à Joppé rapportée par le livre des Actes des Apôtres, Pierre voit venir du ciel tous les animaux de la terre dans une grande toile « descendue par quatre coins », et une voix lui ordonne : « Debout, Pierre, sacrifie et mange ! »

L’évangile dit aussi littéralement qu’ils « découvrent la couverture où était Jésus et, ayant creusé, descendent le grabat où gisait le paralysé ». Les allusions au baptême, où « le ciel se déchire au-dessus de Jésus », et au tombeau où Jésus fut enterré, sont claires. En somme, ici l’humanité est présentée « d’En Haut » au Christ pour que, par le sacrifice de sa vie, il la délivre de la paralysie du péché et lui donne de pouvoir se lever et marcher dans sa résurrection. C’est ce qui s’accomplit à la messe où le prêtre, successeur des Apôtres dans le sacerdoce ministériel, et tout le peuple avec lui célèbrent le sacrifice où Jésus est tué et mangé pour que le monde ait la vie.

Là se trouve la source de ce qu’on appelle parfois la civilisation chrétienne. Remarquez, mes frères, que l’origine s’en situe en ces pays que nous appelons du Proche ou du Moyen-Orient. La civilisation chrétienne est donc sûrement orientale, comme je le précisais en commençant, avant d’être occidentale. D’ailleurs, ne dit-on pas que la Lumière vient de l’Orient ? Aujourd’hui, en tout cas, pour reprendre la formulation du pape Jean-Paul II, elle doit à nouveau respirer pleinement par ses deux poumons, Et le même pape donnait une consistance à l’expression en la précisant comme « une civilisation de l’amour ». Oui, mes frères, s’il est une civilisation supérieure à toute autre, c’est celle de l’amour qui va jusqu’à donner sa vie pour le monde, et qui renonce à soi-même pour l’amour de l’autre. Mais qui peut se dire vraiment de cette civilisation-là ?

Eh bien, peut-être quand même nous, puisque nous portons le nom de chrétiens. Nous, certes, si d’abord nous y croyons. Vous avez entendu que Jésus, « voyant leur foi », a remis ses péchés au paralysé. Cette notation fait écho à d’autres moments évangéliques où Jésus s’étonne surtout de la foi des païens : la Syro-phénicienne, le centurion et d’autres. Leur foi est de croire qu’ils ont besoin, eux qui sont païens, précisément de ce Jésus, Messie d’Israël, pour recevoir le salut. Et donc qu’ils ont besoin de salut. Et qu’ils ont besoin de salut parce qu’ils sont pécheurs, et que ce péché les tourmente.

Vous avez remarqué aussi que la foule déjà rassemblée autour de Jésus faisait obstacle à la venue des nouveaux. C’est une allusion au fait que le propre peuple de Jésus va finir par le bloquer dans son élan, jusqu’à le rejeter sur la croix. Mais c’est ainsi que Jésus, en somme, s’échappe par le haut pour offrir le salut à tous, juifs et païens. Et nous, aujourd’hui, sommes-nous une chance pour les païens ou un obstacle pour eux sur leur chemin vers Jésus ? La question est là : croyons-nous vraiment que nous avons besoin du pardon de nos péchés pour pouvoir aimer ? Si nous réduisons notre doctrine chrétienne à un mot d’ordre, même des plus convaincus, du type : « Il faut s’aimer les uns les autres », nous ne croyons plus à l’Évangile.

Si je me prétends indemne du péché, je fais de Dieu un menteur, comme dit saint Jean. Si je reste insouciant de mon péché, ignorant à quel point il me paralyse pour accomplir le commandement de l’amour, je rends vain le sacrifice du Christ, comme dit saint Paul. Seule une véritable contrition, c’est-à-dire la douleur de l’infirmité où je suis à cause de mon refus de Dieu, me dispose à reconnaître mon péché et à pouvoir en être libéré. Mais si j’entre dans cet appel de Dieu à me convertir, je suis aussitôt pardonné et j’en éprouve l’effet par une reviviscence de l’amour dans ma vie, comme le paralysé de l’évangile se relève et prend son grabat pour marcher, à l’invitation de Jésus. Le grabat, c’est le monde tombé au pouvoir du mauvais et où gît l’humanité liée par l’Adversaire. Quand nous nous relevons, nous portons ce monde, nous en faisons une offrande sainte agréée par le Créateur, et nous le soutenons dans sa marche vers le Rédempteur, partageant ses gémissements dans les douleurs de l’enfantement.

Oui, laissons la parole du Christ atteindre jusqu’aux quatre coins de notre cœur de pierre afin que sa lumière l’envahisse tout entier et le transforme en un cœur de chair, capable d’aimer en lui Dieu et notre prochain de toute culture, civilisation ou condition sociale. Alors nous porterons un beau témoignage à sa grâce, lui qui s’est donné tout entier pour que tous les hommes aient la vie.