Mercredi des Cendres 22 février 2012 - Entrée en Carême

Des envies de printemps

Joël 2,12-18 - Psaume 50,3-6.12-14.17 - 2 Corinthiens 5,20 - 6,2 - Matthieu 6,1-6.16-18
mercredi 22 février 2012.
 

Des envies de printemps nous sont venues au cœur en ce jour encore froid mais déjà baigné d’un soleil prometteur. Comment se lasser du cycle des saisons quand l’hiver se prépare à faire place au retour du beau temps ? Le Psaume 103 chante ainsi le sort de tous les vivants : « Tu reprends leur souffle, ils expirent et retournent à leur poussière. Tu envoies ton souffle, ils sont créés ; tu renouvelles la face de la terre. » Pour nous, à travers la mort de végétaux et d’animaux individuels qui laissent la place à d’autres, la nature est comme un seul vivant qui se réveille tout rafraîchi après un bon sommeil.

Pourtant, sommes-nous seulement comme les roseaux et les abeilles qui viennent et passent sans faire d’histoires ? Une certaine sagesse païenne, très à la mode aujourd’hui, recommande de penser l’homme ainsi, comme un vivant parmi les autres, sans plus : écoutez les scientifiques médiatiques, ils ne parlent que d’effacement des frontières. Mais qui de nous irait expliquer à une petite fille, à la mort de sa grand-mère chérie, que sa mamie n’existe tout simplement plus, réduite qu’elle est en cendres ou en poussière ?

Comment donc ce jour ose-t-il s’appeler « mercredi des Cendres », au point que dans la liturgie d’aujourd’hui, le prêtre va vous dire : « Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière » ? Cette parole reprend ce que Dieu dit à Adam après la chute, au sortir du jardin d’Eden. Elle signifie que, marqué du péché, l’homme ne peut plus jouir de l’immortalité que son Créateur voulait lui donner : il est donc désormais voué à disparaître. Or, dès le début, Dieu a décidé de ne pas nous abandonner à la destruction. Un signe de cette volonté de salut nous est offert par la renaissance de la nature après la désolation de l’hiver. Mais ce que Dieu promet à l’homme est bien plus : c’est la résurrection personnelle de chacun de nous, et même la résurrection de la chair.

Nos propres efforts pour conjurer la mort montrent que nous ne supportons pas l’idée de retourner au néant. Nous voulons laisser une progéniture ou une postérité, une œuvre qui reste après nous et garde vivant quelque chose de nous. Mais cette façon de prétendre survivre est largement illusoire, elle ne saurait satisfaire le puissant désir d’immortalité personnelle qui demeure au cœur de tout être humain. Pourquoi donc avons-nous tant de mal à accepter l’annonce chrétienne de la résurrection qui correspond pourtant pleinement à nos attentes les plus audacieuses ?

Pour la simple raison que les mêmes causes produisent les mêmes effets. Le péché originel fut pour l’homme de douter de la bonté de Dieu et de prétendre s’emparer de l’immortalité comme s’il voulait la lui refuser, et comme si l’on pouvait la lui arracher quand même. C’est ainsi que nous sommes voués à la mort, puisque l’immortalité ne peut être qu’un don de Dieu que nous acceptions de lui. Aujourd’hui encore il faut renoncer au péché, renoncer à se sauver soi-même, pour recevoir le salut de Dieu qui seul peut donner la vie à ce qui était mort.

En somme, si nous ne reconnaissons pas que sans Dieu nous ne sommes rien, et surtout que sans lui nous devenons rien dans la mort, nous ne pouvons accepter qu’il nous donne de devenir Dieu en lui. Autrement dit, il faut passer par le Carême et par le mercredi des Cendres pour recevoir la Vie à Pâques. Sans la foi en la nécessité d’être sauvés du péché par Jésus Christ, nous restons réfractaires à ce salut : qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui la perdra à cause de moi et de l’Évangile la conservera, dit le Seigneur. Croyez à sa parole, à cette Bonne Nouvelle, et vous entrerez dans la Vie.

Prenez donc bien garde à la manière dont vous allez faire des efforts de Carême : soyez intéressés ! Quand vous priez, attendez vraiment une récompense de Dieu, et quand vous jeûnez aussi, et surtout quand vous faites l’aumône. Ne croyez pas à de bonnes œuvres soi-disant désintéressées : c’est encore un effet de l’orgueil, le geste de quelqu’un qui veut n’avoir besoin de personne ; c’est pire que d’agir pour être bien vu des hommes ! Au contraire, l’essentiel est l’humilité dans laquelle nous nous reconnaissons dépendre radicalement de Dieu et de sa miséricorde, puisqu’il nous a aimés alors que nous étions encore pécheurs et qu’il veut donner la vie à ceux qui étaient morts.

Mes amis, que ce Carême soit un temps favorable pour vous laisser persuader que les satisfactions d’ici-bas ne sauraient combler vos vraies envies de printemps éternel. Découvrez le besoin d’amour de Dieu et du prochain qui se cache en vous sous les ambitions mondaines et les appétits terrestres. Laissez monter en vous le profond désir de vie et de sainteté qui seul saura se reconnaître exaucé au-delà de toute espérance dans la lumière de Pâques.