Nuit de Pâques 7/8 avril 2012 - La Résurrection du Seigneur - Baptême, confirmation et première communion de quinze adultes et deux adolescents

De la peur du vide à l’audace invincible de se donner jusqu’au bout

Genèse 1,1-2,2 - Psaume 103,1-2.5-6.10.12-14.24.35 - Genèse 22,1-18 - Psaume 15,5.8-10.1b.11 - Exode 14,15-15,1 - Cantique Exode 15,2-6.10.11.17 - Isaïe 54,5-14 - Psaume 29,3-6.12-13 - Isaïe 55,1-11 - Cantique Isaïe 12,2-6 - Baruch 3,9-15.32-4,4 - Psaume 50,12-15.18-19 - Ézéchiel 36,16-28 - Psaume 18,8-11 - Romains 6,3b-11 - Psaume 117,1-4.16-17.22-23 - Marc 16,1-8
dimanche 8 avril 2012.
 

Présentation des lectures de la veillée

1. Est-ce un rêve ? Cette nuit, ce premier récit de création où tout n’est qu’ordre et beauté, grâce et bonheur ? Trop beau pour être vrai ? Non, Dieu n’est pas un rêveur. C’est un programme : faire jaillir le lumière des ténèbres et renouveler toute vie. Un programme qui, cette nuit, s’accomplit.

2. Y a-t-il ténèbres plus profondes que la mort ? Mais Dieu voit à travers la mort. Le regard d’amour de Dieu fera jaillir la vie de la mort.

3. Écoutez ce récit de l’Exode comme une prophétie du baptême. Et soyez attentifs à l’incroyable profession de foi qui va jaillir du choeur des Égyptiens : « C’est le Seigneur qui combat pour eux ». Un cri qui annonce celui du centurion : « Vraiment, cet homme était le Fils de Dieu. »

4. L’infidélité, c’est la mort. Mais l’amour du Seigneur traversera l’infidélité de son peuple : il lui rendra la vie en son Fils bien-aimé.

5. Acheter sans payer : quel programme ! Autant dire tirer quelque chose de rien ! Mais cette nuit, parce que Dieu a payé pour nous en son Fils, le Verbe tire l’être du néant.

6. Ce qui a échoué est-il périmé, perdu à jamais ? Non, car l’avenir était contenu dans le passé : du connu, Dieu tirera l’inconnu.

7. Et voici l’annonce de l’Alliance nouvelle : le germe mort de la première est le grain tombé en terre qui donnera cent pour un.

Homélie

« Peur » ! Peur de quoi ? De quoi donc ont peur les femmes après la rencontre de l’Ange ? Pour le savoir, il suffit sans doute de lire la suite. Sauf qu’il n’y a pas de suite. Non seulement le passage de ce soir se termine de cette façon stupéfiante et abrupte, mais il s’agit bien de la fin de l’évangile selon saint Marc. Dans vos Bibles se trouve un appendice, qui est certes canonique et garde donc toute sa valeur de Parole de Dieu, mais on sait qu’il a été écrit des années plus tard. Les catéchumènes de 68 (pas 1968, évidemment, mais 68 de notre ère) entendaient la fin de l’évangile comme vous cette nuit. Et la peur des femmes risque de devenir la nôtre : la peur du vide peut nous saisir devant cette béance du texte comme elle sidère les femmes qui se demandent ce qui va bien pouvoir arriver encore maintenant ! Nous voyons ici en œuvre jusqu’au bout la stratégie du vide de l’évangile de Marc : il crée en lui la place du lecteur qu’il convoque sans cesse à s’engager lui-même dans le mouvement qu’il décrit. De plus cette stratégie convient au plus haut point à celle du « héros » de son histoire : nous en parlions hier, et déjà jeudi, le Fils de Dieu s’est « vidé de lui-même » en prenant la condition d’homme et en allant au bout de l’obéissance, jusqu’à la croix. Or, ce n’est pas un sort misérable qu’il subirait passivement, c’est la mission qui lui revient selon la volonté divine qui lui est commune avec le Père et l’Esprit Saint, et qu’il accomplit dans sa souveraine liberté.

Sa passion n’est pas un mauvais moment qu’il passerait à se faire piétiner, après quoi il se lèverait ressuscité comme équipé de super pouvoirs et désormais décidé à se venger. Elle est le combat décisif dans lequel il entraîne l’Adversaire là où il ne peut qu’être vaincu : dans le don de soi par amour jusqu’au bout. La croix est le trophée de sa victoire et le sceptre de sa puissance, c’est ainsi que nous l’avons vénérée hier. Fort de cette victoire, il a le champ libre pour nous entraîner à sa suite, il reçoit tout pouvoir pour faire de nous de vrais disciples capables de le suivre jusqu’au bout.

C’est pourquoi la place laissée vide par les protagonistes de l’évangile de Marc, même par les saintes femmes qui pourtant avaient suivi plus longtemps que les Apôtres, c’est à vous de la prendre. N’ayez pas peur de ce peut désormais vous arriver. Baptisés, vous serez recréés à partir de votre nature bonne à l’origine : rappelez-vous Baruch et Ézéchiel que vous venez d’entendre, et comment Dieu entend tirer de ce qui a échoué une nouveauté qui pourra réussir. Par la confirmation, vous recevrez la vitalité de cette vie nouvelle, le dynamisme même du Ressuscité. Et dans la communion eucharistique, vous serez unis parfaitement à tous les autres disciples, comme les nombreux grains de blé passés par l’eau et le feu font un seul et même pain en offrande parfaite au Dieu Vivant.

Écoutez l’Ange de Dieu envoyé aux saintes femmes par le Ressuscité : n’ayez peur de rien, ni du vide, ni des ténèbres, ni de la mort, puisque le Christ va remplir les faiblesses et les fautes de vos existences par sa présence lumineuse et la puissance invincible de son amour miséricordieux.