Dimanche 8 avril 2012 - Jour de Pâques - La Résurrection du Seigneur - Baptême de six collégiens et d’une petite soeur

La preuve par rien ou Quand croire, c’est savoir

Actes 10,34a.37-43 - Psaume 117,1-4,16-17,22-23 - 1 Corinthiens 5,6-8 - Jean 20,1-9
dimanche 8 avril 2012.
 

Qu’est-ce qui prouve que Jésus est ressuscité ? Rien.

Mais ce rien le prouve vraiment. C’est la preuve par rien.

En effet, tout ce qu’il y a à voir pour les disciples au matin de Pâques, c’est que le tombeau est vide. Une constatation renforcée par la vue du linceul tombé à plat, c’est-à-dire vidé de son contenu. Et cela suffit au disciple : « Il vit et il crut. »

La pierre roulée n’apporte rien à ce sujet, au contraire : le Ressuscité n’avait pas besoin qu’on ouvre la porte pour passer ! En revanche, des voleurs de cadavre auraient eu besoin, eux, de se frayer un passage. Mais si la pierre est roulée, c’est pour que les disciples puissent entrer, afin de voir et de croire « que la pierre a été enlevée », c’est-à-dire que le Christ est ressuscité, lui qui avait été élevé de terre dans le mouvement de sa crucifixion. En effet, avant d’être Simon, la Pierre est Jésus lui-même, le Rocher d’Israël. Dieu est le soutien inébranlable de son peuple aimé ; il le sera comme il le fut, mais passé à travers la mort et l’absence.

Que la foi de Pâques repose sur ce rien qu’est le vide du tombeau, frères bien-aimés, doit nous apparaître maintenant comme parfaitement cohérent avec ce que nous avons compris de l’accomplissement du dessein de Dieu en ces jours de la Passion. Le Christ ne dévie pas de la stratégie du vide, ou de la kénose, appliquée en son incarnation et sa passion bienheureuse : renoncer totalement à soi-même par amour d’autrui. Il la suit jusqu’au bout, c’est-à-dire dans la manière de nous configurer à lui-même par la foi.

Vous qui allez être baptisés dans un instant, jeunes gens, vous serez confrontés à des moqueries et des attaques contre la religion et contre la foi. Et vous l’êtes déjà, je n’en doute pas. Alors écoutez bien. Dans le débat au sujet des croyances chrétiennes, souvent, s’affrontent deux logiques aussi semblables qu’elles se veulent contraires : celle des tenants d’un rationalisme intégral qui ne veut rien savoir du « surnaturel », et celle de ses adversaires qui s’emploient à convaincre à coups de prodiges, en recourant à force récits de miracles proches ou lointains. Mais les uns et les autres sont également éloignés de la manière divine. Si Dieu avait voulu forcer le monde à croire, « Jésus le retour » aurait dépassé en effets spéciaux mille fois ce que Hollywood a pu déployer dans tous ses péplums. Et si la raison pouvait se contenter d’elle-même, les hommes n’en seraient pas réduits à adopter les résultats de la science passée pour poursuivre leurs recherches, puis à les remettre en cause, à se perdre en conjectures, enfin à prononcer de nouvelles sentences définitives vouées à devenir caduques un jour comme les précédentes.

Croire à la valeur de la vie et de la raison, malgré l’expérience du mauvais de l’existence qui vient contredire celle du bon, c’est en somme la « foi naturelle ». Sans elle, il n’est pas de savoir scientifique qui tienne. Croire au Christ ressuscité sur la base de la foi des Apôtres qui ont vu le tombeau vide, grâce à l’expérience de l’Esprit Saint qui nous rend capables de suivre le chemin d’amour oblatif du Christ jusqu’à travers la mort, c’est savoir que la vie est bonne, que la raison nous fait semblables à Dieu et que le salut est proche.

Certes, le Ressuscité est apparu à ses Apôtres, et nous aurons largement le temps d’en parler dans les semaines qui viennent. Certes, il a accompli bien des œuvres merveilleuses, par lui-même et par la main des Apôtres et des saints jusqu’à aujourd’hui, et ce n’est pas fini. Mais quiconque se dérobe à la preuve par rien de la foi se soustrait aussi à la possibilité d’en éprouver la vraie grandeur et le but : étendre le règne d’amour du Christ au monde entier en étant vainqueur du mauvais par le renoncement à soi. Et donc faire le bien partout où l’on passe, comme Jésus l’a fait jusqu’au bout.

Là, au plus dépouillé de soi, se trouve la pointe de notre foi pascale, et sa joie pure.