Dimanche 22 avril 2012 - Troisième Dimanche de Pâques B

Qu’est-ce qui vous étonne ?

Actes 3,13-15.17-19 - Psaume 4,2.7.9 - 1 Jean 2,1-5a- Luc 24,35-48
dimanche 22 avril 2012.
 

Moi, rien, dit l’un. D’ailleurs, tout ce qui arrive, je l’avais prévu, même les résultats de ce soir. Vraiment ?

Des qui sont étonnés aujourd’hui, ce sont les Apôtres. L’évangéliste y insiste : « frappés de stupeur et de crainte, bouleversés, saisis d’étonnement », ils n’en croient pas leurs yeux. Mais, n’est-ce pas bien compréhensible : rencontrer trois jours après celui qu’ils avaient vu mort sur le bois du supplice plus vivant que jamais, il y avait de quoi être surpris !

Pourtant, le Seigneur n’a pas l’air de trouver cela si normal : « Pourquoi êtes-vous bouleversés ? » Au fait, n’a-t-il pas été surpris, lui-même, de ressusciter ? Sans doute pas tant que cela, puisqu’il n’a jamais douté de la fidélité de son Père. Mais il a dû éprouver une très grande joie.

Dans l’évangile, deux sortes d’événements étonnent Jésus. D’abord, l’incrédulité des siens, ses frères dans la foi d’Israël : ce peuple qui avait pour lui les Patriarches, les Prophètes l’Alliance et l’élection, comment pouvait-il ne pas reconnaître son Messie en qui s’accomplissaient toutes les Écritures ? Ensuite, au contraire, la foi des païens : le centurion confiant en son pouvoir de rendre la vie, la Cananéenne et sa petite fille, et encore un centurion, celui qui l’a reconnu Fils de Dieu après sa mort sur la croix. Pour ce dernier, Jésus aura dû attendre d’être ressuscité pour s’en étonner.

Les premiers chrétiens, après les apparitions, eurent un autre grand sujet d’étonnement quand ils se découvrirent toujours pécheurs. Comment, après avoir reçu le baptême dans l’eau et dans l’Esprit, se pouvait-il qu’ils en soient encore à se quereller pour des questions de sous ou de soupe, de « mentir à l’Esprit Saint », voire de renier la foi dans la persécution ? Les Actes des Apôtres témoignent de cette douloureuse prise de conscience, et la première lettre de saint Jean, entendue en deuxième lecture, y répond avec finesse et précision : « Mes petits enfants, je vous écris pour que vous évitiez le péché, mais si l’un de nous vient à pécher, nous avons un défenseur devant le Père. »

Fort bien. Mais alors quelle différence cela fait-il d’être baptisé ? La réponse s’entend quand on n’oublie pas que le baptême est inséparablement bain d’eau au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, et profession de foi. La foi en question est justement que le Christ est mort pour nos péchés, non seulement les nôtres mais ceux de tous les hommes. Et si nous le croyons vraiment cela change tout.

L’eau du baptême avec l’Esprit Saint et dans la foi doit éteindre en nous l’orgueil, l’égoïsme, l’envie et le jugement. Comment vouloir encore se glorifier soi-même quand l’Esprit nous atteste que nous sommes pécheurs et que nous avons besoin du pardon en Jésus Christ ? Comment chercher encore à « garder sa vie » quand toute la promesse est de recevoir le Christ en renonçant à soi-même ? Comment vouloir encore s’emparer de l’autre, de ce qu’il est ou de ce qu’il a, quand je sais qu’il est pécheur comme moi et sauvé de même en Jésus Christ ? Comment enfin, s’ériger encore en juge de soi-même ou des autres quand Dieu veut nous justifier lui-même par amour pour nous ? Comment, en somme, ne pas être libéré par la foi pour aimer enfin parfaitement, selon notre vocation véritable ? Et donc aimer aussi nos ennemis, ceux qui ne nous aiment pas, forts de l’amour de Dieu pour eux et de l’espérance que nous avons pour tous en Jésus Christ ?

Voilà ce qui s’appelle « s’aimer les uns les autres » d’une façon qui ne pourra que nous étonner nous-mêmes, mais que nous comprendrons, et étonner le monde, qui ne comprendra pas mais nous en demandera compte. Alors nous lui expliquerons avec douceur et respect, et il pourra croire et être sauvé. Ainsi nous serons témoins selon le mandat apostolique du Seigneur Jésus. Et il y aura une très grande joie dans le ciel.