Dimanche 29 avril 2012 - 4e Dimanche de Pâques B

Du berger à la bergère ou « Vouloir avoir le dernier mot »

Actes 4,8-12 - Psaume 117,1.4.8-9.22-23.28-29 - 1 Jean 3,1-2- Jean 10,11-18
dimanche 29 avril 2012.
 

Je connais deux candidats qui aimeraient bien avoir le dernier mot, dimanche prochain. Ce sera l’un ou l’autre. Des histoires populaires de jadis mettaient en scène un berger et une bergère, représentants de tous les amoureux chamailleurs du monde, et le premier avait toujours le dernier mot dans leurs disputes ; de là vient l’expression : « la réponse du berger à la bergère. » Bien sûr, l’auteur était un homme.

Depuis qu’Adam et Ève se sont renvoyé la responsabilité du premier péché, non seulement l’homme et la femme, mais tous les êtres humains sont entrés dans un régime de conflits et de discussions sans fin. Et l’homme est devenu un loup pour l’homme. Même dans les relations conçues pour que l’un prenne soin de l’autre, le risque est devenu permanent que le plus fort use de son pouvoir non pour protéger le faible et pourvoir à ses besoins, mais pour l’opprimer et l’exploiter. Hélas, cela n’arrive pas qu’en politique, mais aussi entre camarades et dans les familles.

Dieu ne s’est pas contenté de s’indigner de cet état de fait scandaleux, il est venu s’en occuper. Il ne s’est pas tenu quitte de le dénoncer, il a choisi de le supporter avec ceux qui en souffraient le plus. C’est le sens du nom de Jésus. C’est pourquoi Pierre dit au grand conseil : « Son Nom, donné aux hommes, est le seul qui puisse nous sauver. » Si Jésus est le bon Berger, celui qui donne sa vie pour ses brebis, l’Église n’est rien d’autre que la Bergère à qui ce Nom est confié pour qu’elle en vive et puisse l’offrir à tous les hommes qui voudront bien le recevoir. C’est la « vocation », l’appel où retentit la voix de Dieu qui dit tout ce qu’il veut nous dire en prononçant le Nom de « Jésus », c’est-à-dire « Le Seigneur sauve ».

L’Église n’a donc pas à entrer dans une politique offensive à la manière des hommes, mais à tenir bon fidèlement dans le don de soi jusqu’au bout, selon le « style » de son Seigneur, le bon Berger qui donne sa vie pour ses brebis. Elle n’a pas à craindre de se perdre car, si seulement elle garde sa foi dans le Christ, son époux, lui-même la gardera fidèlement : il la comblera de sa vitalité de ressuscité et renouvellera sans cesse ses forces et sa jeunesse.

Quel bonheur d’être prêtre malgré tous les renoncements que cela suppose ! Ou plutôt grâce à tous ces renoncements car, offerts dans le grand renoncement à soi du Fils de Dieu, ils sont le lieu même où le Créateur fait surabonder les sept dons de l’Esprit par qui il renouvelle la face de la terre. Demandons des prêtres, désirons-les ! Acceptons de le devenir, demandons la grâce de cette vocation ! Appelons de jeunes gens à se poser la question d’une vocation particulière, de prêtre, de religieux ou de religieuse, dans le corps tout entier de l’Église, bien unie par le lien de l’Esprit en communion avec ses pasteurs. Car ils sont ses vrais bergers dans l’unique bon Pasteur.

Et par-dessus tout, s’il survient dans l’Église des conflits et des discussions - et il en survient, car l’Église est faite de ces mêmes hommes pour qui le Seigneur a dû donner sa vie ! -, que le désir d’avoir le dernier mot ne débouche pas sur la volonté d’écraser l’autre et de le réduire. En effet, le premier et le dernier mot du Dieu qui est notre Berger n’est autre que le Verbe : pour nous, pour l’Église qu’il a faite bonne Bergère de tous les peuples, il est le Nom de ce Jésus mort sur la croix en prononçant notre pardon.