Dimanche 6 mai 2012 - 5e Dimanche de Pâques de l’année B

Le développement personnel ?

Actes 10,25-26.34-35.44-48 - Psaume 97,1-4.6 - 1 Jean 4,7-10 - Jean 15,9-17
dimanche 6 mai 2012.
 

C’est un sujet de préoccupation pour beaucoup, notamment pour le fruit de leurs entrailles. C’est pourquoi se multiplient les propositions d’aide en la matière, moyennant rémunération, pour les jeunes ou pour tous. Elles ont en commun un principe : mieux se connaître afin d’optimiser ses choix et ses performances.

Rien de mal à cela. Déjà Socrate, l’éducateur de la jeunesse athénienne, reprenait le vieil oracle de Delphes : « Gnôthi séauton », en grec, c’est-à-dire : « Connais-toi toi-même ». Et qui ne veut réussir lui-même et faire réussir ceux qu’il aime ? Pourtant, je le répète, ces propositions se ramènent toutes à l’impératif de tirer le meilleur profit de ses propres ressources. Or, c’est une tout autre voie qu’ouvre l’Évangile.

En effet, la pointe de la comparaison de la Vigne, c’est que les disciples du Christ doivent chercher en lui la sève de leur vie et viser le fruit qu’il veut leur faire porter. Ce que chacun est en lui-même est important et, d’ailleurs, c’est de Dieu qu’il tient tout ce qui est bon en lui. Mais c’est justement ce qu’il n’est pas par lui-même qu’il doit accueillir en lui pour répondre à sa vocation de disciple. Et, cela, ce n’est pas en lui-même qu’il peut le trouver, mais dans le corps ecclésial auquel il appartient.

Bien plus, il doit renoncer à lui-même pour faire place à l’Autre qui veut demeurer en lui. Et ce renoncement est évoqué de manière très concrète par le Seigneur : « Tout sarment qui porte du fruit, mon Père l’émonde pour qu’il en porte davantage. » Émonder, ce n’est pas seulement purifier de ce qui est mauvais ou nocif, c’est aussi trancher dans le vif pour mieux concentrer la vitalité dans le sens désiré. Il n’est pas besoin d’être jardinier ou vigneron pour savoir que les rosiers comme la vigne nécessitent d’être taillés sévèrement pour porter de belles fleurs et de beaux fruits.

Autrement dit, il faut accepter d’être mutilé, non par masochisme ou nihilisme, mais dans la mesure où l’amour l’exige, l’amour du Christ et donc des autres. Mutilé, c’est-à-dire privé de certaines potentialités bonnes afin de mieux se rendre disponible à ce qui est demandé par le Vigneron pour le bien de la Vigne entière.

L’impératif premier, en effet, n’est plus le développement da ma propre personne, mais celui de la personne du Christ lui-même : développement en moi-même, où il doit prendre toute la place que je lui abandonne pour qu’il demeure en moi, développement total du corps entier de l’Église, la Vigne du Père, dans laquelle je dois demeurer pour pouvoir porter un vrai fruit de charité.

Personne ne renonce à lui-même facilement. Dans l’obscurité de l’épreuve, tout ce qui est vu est la mortification qu’on redoute et déteste. Mais le regard de la foi traverse la nuit de la mort à la lumière de la résurrection du Christ. Ne crains donc pas de te perdre, car ce que tu abandonnes de toi-même à cause de lui, Dieu te le rendra, puisque que c’est lui qui te l’a pris.

Sachons donc considérer avec bienveillance les propositions du marché pour aider les hommes à améliorer leurs performances, mais n’oublions pas que, chrétiens, nous sommes témoins d’un chemin bien plus radical et décisif : le Christ mort et ressuscité pour que les hommes aient la vie, et la vie en abondance.

Le développement personnel qui préoccupe Dieu, en effet, c’est celui de son Fils qui a renoncé à lui-même gratuitement jusqu’à la croix pour devenir le Corps où seront réunis et sauvés tous ses enfants de la terre par la puissance de l’Esprit Saint, à la gloire du Père.